15 juin 2009
Football : Le calendrier détermine-t-il le résultat ?
Objectif de l'étude : expliquer en quoi le calendrier d'une équipe peut favoriser ou défavoriser celle-ci. Pour cela, nous proposerons de créer un indice de difficulté des matchs, et ainsi de dégager un indice moyen de difficulté pour chaque équipe, voire de permettre un classement "en temps réel" de celles-ci. Nous verrons ensuite en quoi cette indice peut expliquer une partie du succès ou de l'infortune des clubs de Ligue 1 au cours de la saison 2008-2009. ----> l'étude complète est ICI (le principal onglet s'intitule "sur 5 matchs - comparatif (5)")
Le calendrier de la Ligue 1 pour la saison 2009-2010 a a été dévoilé la semaine dernière, avec pour tête d'affiche en 1ère journée les deux champions face-à-face, Lens (L2) et Bordeaux (L1). Ce dernier doit son titre de champion 2009 à un extraordinaire sprint final, qui l'aura vu enchaîner 11 victoires au cours des 11 dernières journées. Certains ne manqueront pas de considérer la relative facilité de leur fin de calendrier comme un avantage décisif dans la lutte pour le titre. Mais dans quelle mesure le calendrier d'une équipe peut-il l'avantager ?
Une saison, ce sont 10 mois et 38 matchs de championnats entrecoupés de matchs de coupe : la forme, la confiance et la qualité de jeu d'une équipe peuvent varier considérablement pendant cette période, et ce indépendamment de tous les aléas du jeu (blessures, erreurs d'arbitrage, conditions de jeu, etc.). Et en fonction de ce niveau général de l'équipe, affronter tel ou tel adversaire ne présente plus la même difficulté : entre affronter le Lyon serein d'octobre 2008 et le Lyon abattu de mars 2009, la différence est énorme, même si l'adversaire est nominalement le même.
Personne ne peut prévoir avec certitude au début d'une saison quelles seront les équipes qui joueront le titre et celles qui lutteront pour le maintien. Toulouse a fini le championnat 2008-2009 à la 4ème place, et Saint-Etienne a fini 17ème. Au début de la saison, compte-tenu de leurs effectifs (départ d'Elmander de Toulouse) et de leur saison 2007-2008 (Saint-Etienne 5ème et Toulouse 17ème), beaucoup auraient parié l'inverse ! Si on ne peut donc pas prévoir en début de saison la difficulté qu'il y aura à affronter telle ou telle équipe, on peut en revanche constater après coup qu'en raison des aléas de l'état de forme de leur adversaire du jour, toutes les équipes du championnat n'auront pas eu un championnat d'égale difficulté.

Quelques exemples issus du championnat de Ligue 1 2008-2009...
- Après la 25ème journée, l'OL comptait 6 points d'avance sur son dauphin : qui aurait pu prévoir que les Lyonnais ne prendraient que 9 points au cours des 9 matchs suivants ? Si ces résultats étaient imprévisibles, on peut néanmoins souligner que ce fut un avantage pour Bordeaux que d'affronter Lyon à la 32ème journée, en plein dans le creux des Gones. A l'inverse, on peut supposer que Bordeaux aurait connu plus mauvaise fortune s'ils avaient dû affronter Lyon entre la 22ème et la 25 journée, période où les Girondins ne prirent que 3 points en 4 matchs, contre 10 (sur 12 possibles) pour l'OL.
- Le Mans : après 10 journées, les Manceaux pointaient en 3ème place du classement... début de saison tonitruant, qui contraste fortement avec leur fin de parcours, puisque les Sarthois n'ont sauvés leur tête qu'à la dernière journée, terminant à 3 longueurs du premier reléguable, et pointant même à la 18ème place du classement des matchs retour. Affronter le Mans en début de championnat ou à la fin de celui-ci ne présentait donc pas la même difficulté.
- Le PSG : après leur lourde défaite à Bordeaux, les hommes de Paul Le Guen avaient brillamment relevé la tête, en prenant 19 points (sur 21 possibles) au cours des 7 journées suivantes... loin de leur fin de saison où, incapables de gagner leurs 3 derniers matchs à domicile, ils laissèrent filer une place européenne...
Mais comment juger de la difficulté d'un match ? Est-il possible de faire un classement "en temps réel" des équipes, afin de déterminer quelle est la réelle difficulté d'un match ? C'est ce que nous nous proposons d'essayer, en mettant au point un indice de difficulté du match, et de déterminer l'indice moyen de difficulté d'un match pour une équipe. Nous pourrons ainsi voir si le calendrier d'une quipe peut prendre une part importante à l'explication de ses résultats.
Détermination d'un indice de difficulté du match
Nous pouvons considérer que la difficulté intrinsèque d'un match pour une équipe (indépendamment donc de son propre état de forme) réside dans 3 facteurs :
- à Domicile ou à l'Extérieur ? Statistiquement, il est évidemment plus intéressant de jouer à domicile. Sur les 380 matchs disputés dans le championnat de Ligue 1 lors de la saison 2008-2009, 165 se sont soldés par une victoire à domicile (43,4 %), contre 103 victoires à l'extérieur (27,1 %) et 112 matchs nuls (29,5 %).
- Quel est la classement de l'adversaire ? Affronter le 2ème ou le 19ème ne présente bien sûr pas la même difficulté. Mais le classement prend en compte une trop longue historique des résultats... quand on affronte une équipe lors de la 25ème journée, les résultats des matchs entre la 1ère et la 10ème journée influent bien peu sur ses performances du moment.
- Sur quel dynamique est l'adversaire ? Vient-il d'enchaîner les bons résultats, ou est-il au contraire en plein doute après une série de revers ?
Partant de ces considérations, nous avons donc créé un indicateur de difficulté d'un match, qui sera le produit des 3 paramètres cités :
- Pour chaque match joué à domicile, l'indicateur de difficulté sera la probabilité d'une victoire à l'extérieur, et inversement ;
- Pour déterminer la difficulté liée au classement, nous avons compté le nombre total de points distribués lors du championnat 2008-2009 (1028 en tout), et regarder quelle part de point représentait chaque rang. Par exemple, le 1er (ici, Bordeaux) a marqué 80 points, soit 7,78% de l'ensemble des points distribués ; le dernier (ici, Le Havre) a marqué 26 points, soit 2,53% des points distribués. On considèrera donc que jouer le 1er permet de multiplier l'indice de difficulté par 7,78%, alors que jouer le dernier le fait multiplier par 2,53%. Nous avons fait de même pour déterminer l'indice de chaque rang (ex. la 6ème place vaut 6,23%, la 15ème place 4,09%, etc.), en fonction du classement final --> important : le classement figurant dans le tableau est bien entendu le classement avant le match (ex. pour la 15ème journée, le classement affiché est celui de l'équipe au soir de la 14ème journée)
- Pour déterminer l'état de forme de l'adversaire, nous avons pris en compte le nombre de points accumulés par l'adversaire au cours des 5 derniers matchs, le tout divisé par 15 (le nombre de points maximal que puisse obtenir une équipe). Cet indicateur est privilégié, car il est le plus circonstanciel. Ainsi, toute équipe ayant perdu 5 matchs consécutifs aura un indice de difficulté global de 0 au match suivant (car multiplication par zéro).
On additionne ensuite tous ces indices, on divise par le nombre de journées, et on obtient une difficulté moyenne par match ----> IMPORTANT : nous prenons en compte ici les 33 dernières journées, et non l'ensemble des 38. En effet, pour pouvoir prendre en compte le critère "dynamique de l'adversaire", il faut les résultats des 5 matchs précédents... par ailleurs, le classement des 5 premières journées est souvent bien aléatoire, il change très vite, et il faut attendre un minimum de temps avant qu'un semblant de hiérarchie stable se dégage.
BILAN pour l'exercice 2008-2009
Voici le tableau des résultats que l'on obtient :

Le haut du tableau : un calendrier favorable pour Bordeaux, plus difficile pour Lyon
Dans le haut du classement de la Ligue 1, on constate que Bordeaux (ind. : 0,784) semble avoir eu un championnat plus facile que ses rivaux Marseille (ind. 0,859) et Lyon (ind. 0,861). Il faut différencier les matchs aller et retour : 0,86 de moyenne à l'aller contre 0,73 au retour. Marseille a également eu une série de matchs aller plus difficile que les matchs retour (0,93 contre 0,81), ce qui n'est pas le cas de Lyon (0,83 à l'aller contre 0,89 au retour). Ceci peut (en partie) expliquer l'essoufflement du septuple champion de France, qui avait déjà pris un coup sur la tête à Barcelone.
Les décrochés du sprint final : le PSG et Rennes
Quant au PSG, il a lâché prise à partir du match perdu contre Marseille au Parc : le PSG venait de prendre 19 points en 7 matchs, mais ces matchs présentaient un indice moyen de difficulté faible (seulement 0,48), alors que le match de Marseille et les 5 qui suivirent présentaient un indice moyen de difficulté fort (1,14). Autre décrochage symptomatique : celui du Stade Rennais. A la fin des matchs aller, les hommes de Guy Lacombe étaient sur le podium, derrière Lyon et Bordeaux. Ils finissent le championnat 7ème, la faute aussi à une finale de Coupe de France qui a monopolisé les esprits, et à la blessure d'une de leurs pièces maîtresses, Jimmy Briand. Mais l'indice moyen de difficulté ne les aide pas non plus : 0,88 pour les matchs aller contre 1,03 pour les matchs retour (le 2ème plus élevé après Le Mans).
La lutte pour le maintien
Selon nos calculs, c'est donc Le Mans qui aurait eu le championnat le plus difficile. On note d'ailleurs qu'après 17 journées, l'indice de difficulté des Manceaux ne s'élevait toujours qu'à 0,84, ce qui peut donc aussi expliquer leur bon début de saison : ils avaient un championnat plus facile. Sur l'ensemble des matchs retour, l'indice moyen de difficulté des matchs du Mans est en revanche de 1,06, d'où la douloureuse lutte pour le maintien... et une 18ème place sur les matchs retour.
De son côté, Auxerre a eu une série de matchs retour légèrement plus facile en termes d'indice (0,92 contre 0,96 à l'aller). Mais la remontée fulgurante des hommes de Jean Fernandez (qui étaient encore 17ème soit premier non-reléguable après 22 journées !) s'explique heureusement plus par le terrain que par les chiffres : la défense a été un peu plus solide au retour (19 buts encaissés à l'aller, 16 au retour), et l'attaque a fait un bond de +7 au retour (21 buts marqués contre 14 seulement à l'aller), grâce au retour d'un certain Jelen.
Concernant les relégués, on constate l'effet inverse de Bordeaux et de Marseille : des matchs retour plus faciles n'ont pas favorisé leur maintien. Caen (A : 0,92 et R : 0,82), Nantes (A : 0,95 et R : 0,85 ) et Le Havre (A : 0,78 et R : 0,74) n'ont pas profité d'un calendrier a priori favorable. Au regard de nos statistiques, Le Havre a même eu un des championnats les plus faciles ; mais, malgré un retour un peu meilleur (14 points pris contre 12 à l'aller), la cause des Normands était entendue depuis longtemps. Quant aux Caennais et aux Nantais, l'explication de leur descente est à chercher auprès des joueurs et des techniciens eux-mêmes...
Conclusion
Chaque supporter trouvera ici matière à crier au scandale, prétextant que son équipe a été défavorisée. Il n'y a pas d'intention de ma part de polémiquer ou de supposer l'existence d'un quelconque complot (autrement dit : non, Jean-Michel Aulas n'y est pour rien !). Je suis d'ailleurs prêt à débattre de la validité "scientifique" de ce genre d'indicateur et sur son utilité avec quiconque aura de la matière à avancer. Mais je reste persuadé que ne pas tenir compte de l'impact du calendrier pour analyser après-coup les résultats d'une équipe revient à négliger un élément important... surtout au moment de choisir de reconduire un entraîneur ou pas.
22:15 Publié dans Oranges Mécaniques......[SPORT] | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : football, calendrier, ligue 1, résultat, club, foot, matchs, classement, temps réel
03 juin 2009
SARKOZY ET L'INTELLIGENCE
Sarkozy et l'intelligence... deux sujets déjà polémiques, l'association entre les deux pourrait se révéler explosive... article intégral téléchargeable ICI.

Quel(s) rapport(s) le président entretient-il avec la notion-même d'intelligence ? Entre petites phrases qui en disent long, affichage un peu bling-bling des éléments qui constituent la réussite et parcours scolaire hors des Grandes Ecoles, Nicolas Sarkozy se démarque de ses prédécesseurs par une valorisation de l'intelligence pragmatique, au détriment d'une intelligence beaucoup plus académique (qui valorise une forte capacité logique et une culture très pluridsciplinaire)... et donc en se heurtant régulièrement aux tenants d'une intelligence plus structurée et méthodique, qui défendent eux un modèle de réussite par l'école (universitaires, enseignants, journalistes, juristes, ...).
L'intelligence qu'il manifeste et qu'il promeut est une intelligence résolument tournée vers le résultat et l'action, au détriment de la complexité des problèmes. Elle se caractérise tant par le culte du résultat (quantifiable, selon un critère unique) et de la présentation de celui-ci que par l'individuation des problèmes, donc par le peu de souci de cohérence globale de ses positions. C'est ce type d'intelligence qu'il cherche à promouvoir, une intelligence de situation, qui s'est construite dans le militantisme, dans le parcours professionnel, dans les réseaux, dans les organisations, et pas forcément sur les bancs des écoles. Bref, une intelligence de la "vraie vie", voire une intelligence de la revanche...
On remarque ainsi que son entourage proche est composé exclusivement de personnes ayant un parcours académique sensiblement similaire au sien, alors que les surdiplômés se retrouvent davantage parmi ses conseillers. Un ministre confiait récemment à propos de la possible entrée de Claude Allègre au gouvernement : "Sarkozy veut s'entourer des plus intelligents". Est-ce vraiment le cas ?
Le mandat de Sarkozy est-il avant tout marqué par une tentative de modification profonde du rapport à l'intelligence et à la réussite ? Analyse et tentative de début d'explication dans l'article en pièce jointe. Bonne lecture !
12:05 Publié dans Le coin des Mandarin(e)s......[POLITIQUE] | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, intelligence, politique, con, casse-toi, président
27 mai 2009
Les Européennes au-delà de l'Hexagone : le coup de poker du PSOE
La campagne des Européennes est officiellement (et discrètement) lancée à France. Hors de nos frontières, si elle ne déchaîne pas nécessairement les foules, elle est parfois bien plus animée.
(Téléchargez l'article en entier ici)
Première étape en Espagne, où depuis quelques jours, un spot de campagne du PSOE crée la polémique.
Dans l'article ci-joint, vous retrouverez :
- la description en détail de ce spot, avec les traductions de circonstance, et les détails qui auront pu échapper à un premier visionnage...
- une analyse du "pourquoi" le PSOE, menacé dans les sondages et par l'abstention, tente un coup de poker en balançant une vidéo provoquante - mais savamment orchestrée - afin de dénoncer l'absurdité d'un vote sanction qui lui pend au nez, et tenter de placer le débat sur l'Europe autour du thème des valeurs ;
- un décortiquage du procédé par lequel le PSOE tente de prendre le PP de court, en l'obligeant à prendre des positions périlleuses...
- ... mais également comment cette stratégie est à double tranchant, et pourrait bien se retourner contre le PSOE.
- enfin, une proposition de réponse du PP...
Bonne lecture ! et n'hésitez pas (pour ceux qui iront au bout) à laisser une commentaire...
10:30 Publié dans Le coin des Mandarin(e)s......[POLITIQUE] | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élections, européennes, espagne, psoe, pp, clip, spot, 7 juin, el problema no es lo que piensan
05 mai 2009
Oscars : les critiques manquent-ils d'imagination ?
La dernière cérémonie des Césars a été l'occasion pour la "grande famille du cinéma français" de récompenser Vincent Cassel pour son interprétation du gangster Jacques Mesrine dans le diptyque de Mesrine de Jean-François Richet, ainsi que Yolande Moreau pour son interprétation de Séraphine de Senlis dans le Séraphine de Martin Provost. Point commun à ces deux récompenses ? Facile, il s'agit de deux rôles mettant en scène des personnages ayant réellement existé, chacun de ces films étant un biopic.
Si les Césars ne regorgent pas de ce type de film retraçant la vie d'une personnalité plus ou moins célèbre, il n'en va pas de même pour les Oscars : la cérémonie américaine a pris pour habitude ces dernières années de faire concourir dans les principales catégories (meilleur film, meilleur réalisateur, mailleur acteur, meilleur actrice, meilleur scénario original ou adapté) un nombre important de ces biographies romancées. Et le plus surprenant est que la récompense n'est en général pas celle de meilleur film ni du meilleur scénario, mais celle de meilleur acteur ou de meilleure actrice.
En effet, sur les 7 dernières éditions des Oscars (2002 à 2008, la cérémonie ayant lieu au mois de mars de l'année suivante), on ne retrouve que peu d'histoires "vraies" récompensées : un seul meilleur film et un seul meilleur réalisateur (Le Pianiste de Roman Polanski en 2002), un seul meilleur sénario adapté (à nouveau Le Pianiste) et un seul meilleur scénario original (Milk en 2008)... soit 4 récompenses sur 28 possibles (environ 14,3%), et 3 pour le seul Pianiste de Polanski.
En revanche, côté acteurs, c'est la razzia : sur les 7 dernières éditions, 5 statuettes de meilleur acteur et 5 statuettes de meilleure actrice pour des rôles de personnage ayant réellement existé, soit 10 statuettes sur 14 possibles (soit 71,4 %) ! Les lauréats sont :
- Comme meilleure actrice : Nicole Kidman pour le rôle de l'écrivaine Virginia Woolf dans The Hours (2002), Charlize Theron pour le rôle de la tueuse en série Aileen Wuornos dans Monsters (2003), Reese Whitherspoon pour le rôle de la chanteuse June Carter dans Walk the Line (2005), Helen Mirren pour le rôle de la Reine Elizabeth II dans The Queen (2006), et enfin Marion Cotillard pour le rôle d'Edith Piaf dans La Môme (2007).
- Comme meilleur acteur : Adrian Brody pour le rôle du musicien Wladyslaw Szpilman dans Le Pianiste (2002), Jamie Foxx pour le rôle de Ray Charles dans Ray (2004), Philip Seymour Hoffman pour le rôle de l'écrivain Truman Capote dans Truman Capote (2005), Forest Whitaker pour le rôle du dictateur Idi Amin Dada dans Le Dernier Roi d'Ecosse (2006), et enfin Sean Penn pour le rôle du politicien Harvey Milk dans Milk (2008).
Certes, il faut distinguer le niveau de notoriété des personnages : Elizabeth II, Ray Charles ou Edith Piaf n'ont pas attendu un film sur leur vie pour accéder à la notoriété, alors qu'un Wladyslaw Szpilman ou un Harvey Milk - dont la notoriété était bien réelle mais plus limitée - ont sans doute acquis un statut d'icône grâce au long-métrage, notoriété qu'ils doivent an grande partie à la qualité de l'acteur les ayant incarnés. On peut également considérer que des Truman Capote ou des Virginia Woolf, bien qu'auteurs très connus, aient acquis une nouvelle dimension : leurs ouvrages sont bien souvent plus connus que leur personnalité, voire que leur visage.
Mais à tous ces rôles et en dépit des distinctions évoquées, il y a un point commun simple : il existe un référent, c'est-à-dire des images, des documents sonores ou vidéos qui permettent de connaître le personnage, de s'inspirer de son style, ou de le copier, tout simplement. Interpréter un personnage ayant existé paraît alors plus facile, mais plus risqué : spectateurs et critiques se font une idée du personnage avant d'avoir vu le film.
Que dire alors d'un acteur ou d'une actrice récompensée ? Plus précisément, sur quels critères juge-t-on alors sa performance ? Est-ce le personnage qu'il arrive à créer qui est récompensé ? ou récompense-t-on alors la conformité du personnage aux attentes des critiques ? Allons plus loin : il s'agit à chaque fois de personnages polémiques, dont l'histoire prête à controverses. Dans la liste ci-dessus, celle qui s'y prête le moins est à première vue la reine d'Angleterre, reine dans la tradition des Windsor, à la vie beaucoup moins "scandaleuse" que celle de sa soeur Margareth. Mais notons ici que le parti pris du réalisateur est de décrire la situation de la couronne d'Angleterre... juste après le mort de Lady Di. Un personnage polémique est un personnage qui invite à prendre position, qui invite à un hommage, ou au contraire à un rejet : faut-il donc voir dans cette attribution quasi-systématique des statuettes la volonté évidente de ne pas passer pour un réac' réfractaire à la prise de position du film ? ou simplement la crainte de passer pour un ingrat en ne rendant pas l'hommage auquel le film invite ? Il semble parfois qu'il y ait une confusion entre le personnage et la cause qu'il représente, d'autant plus évidente ici que les récompenses vont à l'acteur et pas au film lui-même. Et l'on vient à se demander si, du point de vue du jury, ne pas récompenser l'acteur revient à ne pas récompenser la cause qu'il incarne, voire à la condamner.
Ce qui m'évoque le conte d'Andersen Les habits neufs de l'Empereur, avec l'acteur dans la rôle de l'Empereur, la cause qu'il incarne dans le rôle de l'habit neuf, et le jury dans le rôle des ministres.... Deux escrocs avaient promis à l'Empereur de lui tisser le plus beau des habits, et que celui-ci aurait un pouvoir unique : seuls les gens intelligents pourraient le voir. Mais le escrocs ne tissaient évidemment rien, utilisant étoffes et fils d'or à d'autres commerces. Lorsque l'Empereur envoya certains de ses ministres constater l'avancement de l'ouvrage, ces derniers ne virent rien. Craignant alors de passer pour des simples d'esprit (puisqu'ils ne parvenaient pas à voir l'oeuvre), ils firent un faux rapport à l'Empereur... qui se fit prendre lui-même à ce jeu, et finit par parader nu... Une certaine illustration des vices inhérents à un jugement qui se veut au départ esthétique, mais qui finit par être pollué par cette simple question : qu'est-ce que mon jugement dira sur moi, et que dira-t-on de moi et de mon intelligence ?
17:09 Publié dans Le coin des légumes......[CULTURE] | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : oscars, cinéma, hollywood, récompenses, césars, biopic, acteur, actrice, critiques
29 avril 2009
DERNIERS ARTICLES PARUS
Résumé des derniers articles parus (entre parenthèses, la rubrique dans laquelle ils se trouvent)
- Télé-réalité, l'électrochoc : réaction au dossier paru dans Libération le samedi 25 avril (et sur Ecrans.fr la veille), concernant la réalisation du jeu Zone Xtreme par France 2. Il s'agit en fait d'une reprise de l'expérience menée au début des années 1960 par Stanley Milgram et retracée dans son livre Soumission à l'autorité, le tout adapté à l'univers de la télé-réalité. Analyse et commentaire autour de cette question : "La télévision fait-elle figure d'autorité scientifique légitime ?".
- Histoire des catastrophes oubliées, part. 1 : l'Empress of Ireland, coulé par le Titanic ? : évocation du naufrage de l'Empress of Ireland en 1914, et des raisons pour lesquelles l'histoire semble l'avoir oublié... Ce naufrage a évidemment "souffert" de celui du Titanic, et la deuxième partie de l'article analyse les raisons pour lesquelles le Titanic semble avoir à lui seul effacé toutes les autres catastrophes maritimes de l'histoire, que l'on redécouvre ici. Analyse et déconstruction d'un mythe.
- Cas de conscience, cas d'école : l'ouverture du JT de 13h d'Antenne 2 le 15 septembre 1982 : l'ouverture de ce JT par Bernard Langlois coûta sa place au journaliste. Son tort ? Avoir traité en parallèle en ouverture de son journal deux décès survenus la veille : celui de Béchir Gemayel (président élu libanais, victime d'un attentat) et de la princesse Grace de Monaco (décédée dans un accident de voiture)... avec une mise en perspective courageuse et réaliste sur l'importance de ces deux morts, mais jugée de mauvais goût par la direction de la rédaction.
- Libération et les propos de Sarkozy : entre polémique en bois et "orgie de preuves" : retour sur la polémique née des propos de Sarkozy à propos de l'intelligence de Zapatero. L'occasion de voir comment on monte en épingle un bout de phrases, et comme l'impératif d'indignation et le devoir de réaction prennent le pas sur une analyse contextualisée d'un épiphénomène sans la moindre importance.
Également deux articles introduisant chacun une nouvelle rubrique, en présentant les objectifs rédactionnels de celles-ci :
- INTRODUCTION : Que la glorieuse incertitude ne soit pas si incertaine... et qu'elle en soit d'autant moins glorieuse : présentation de la rubrique SPORTS du site, dont le parti pris est de mettre en relief tout élément montrant que les résultats sportifs ne sont parfois pas si incertains...
- INTRODUCTION : comment on construit l'histoire : présentation de la rubrique HISTOIRE du site, dont le parti pris est d'analyser pourquoi un événement passe à la postérité ou pas. Autrement dit, pourquoi certains événements relativement peu importants deviennent incontournables, au contraire d'événements qui semblent au premier regard plus marquants, et dont on a bien du mal à retrouver des traces aujourd'hui...
07:06 Publié dans La Berge du Verger......[ACCUEIL] | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : derniers, artciles, résumé, sommaire, update

