20 avril 2009
INTRODUCTION - Comment construit-on l'histoire ?
"L'histoire me sera indulgente, car j'ai l'intention de l'écrire", disait Winston Churchill. Le vieux lion britannique n'a sans doute jamais péché par humilité, du moins pas en public. Mais au-delà de toute auto-satisfaction, Sir Winston ne fait que répéter à sa façon la vieille maxime : "ce sont les vainqueurs qui l'histoire". Nous ne réécrirons pas l'histoire ici. Ce qui ne signifie pas que nous soyons forcément des perdants.
L'Histoire est un construit intellectuel
Dire que l'histoire est un construit intellectuel ne signifie pas que les événements n'ont pas existé. Elle signifie que leur retranscription, leur compréhension, leur classification conditionnent en partie le regard et l'importance que leur accorderont les hommes qui viendront après.
L'Histoire (avec un grand H, cette fois) n'est pas qu'une suite d'événements, faite pour être narrée à quiconque n'ira jamais vérifier : l'Histoire est avant tout un construit intellectuel, une série de choix. Elle est une science, elle est un savoir, elle est le produit d'une méthode. Et la méthode n'est jamais neutre. Le travail de l'historien est donc un travail méthodique et rigoureux, mais également en partie exclusif. D'où la nécessité de procéder à une révision constante des outils et des paradigmes sur lesquels elle repose. Je donne ici la parole à un historien de renom, Bruno Groppo, de l'Université de Paris I :
"La révision - faut-il le rappeler ? - constitue une démarche naturelle de la recherche historique : celle-ci progresse précisément en soumettant à la critique et en "révisant", à partir de nouvelles sources et/ou de nouveaux questionnements, les hypothèses et les interprétations antérieures. Dans ce sens, l'histoire est "révisionniste", puisque chaque nouvelle génération d'historiens relit le passé à la lumière des préoccupations et des influences culturelles qui lui sont propres. Tout autre chose, par contre, est une démarche historique qui réinterprète le passé sur la base de paramètres essentiellement idéologiques." (in Persée, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ma...)
Une histoire remodelée
Pas question pour nous ici de (trop) entrer dans les querelles d'historiens de métiers, qui, par leur travail, apporteront tous les éléments qui feront matière à débat, à de nouvelles interprétations, et à une nouvelle compréhension. Mais alors, où se situer ?
Ayant admis que l'histoire est une suite d' "interprétations" influencées par les "préoccupations culturelles des historiens" qui se sont succédés, notre objet est avant tout de comprendre comment l'histoire est transmise, et comment elle est "déformée". Et à ce jeu des "révisions" successives, de comprendre comment certains événements, passés inaperçus de leurs contemporains, sont devenus capitaux aux yeux des générations suivantes. Ou inversement, comment certains événements semblent être passés "à la trappe" de l'histoire. Bref, comprendre ces décalages de perception, comprendre comment l'histoire a gonflé ou gommé progressivement et plus ou moins sciemment certains événements.
Une approche "légère", avant tout factuelle et événementielle
Notre approche est modeste, un historien de métier la qualifierait sans doute de "légère". Elle est avant tout factuelle et événementielle.
- Comme souligné précédemment, elle vise à comprendre le décalage qui peut exister entre un événement tel qu'il a été perçu par les contemporains, et tel qu'il est perçu aujourd'hui. Cette approche s'intéressera donc surtout à la transmission de l'histoire, à son enseignement et à sa propagande ;
- de fait, l'approche iconographique sera l'une des plus importantes ici : nous essayerons de comprendre comment une image politique et historique se construit, comment elle se transmet, et comment elle ne s'oublie pas. Nous nous attacherons ainsi souvent à examiner de près un certain nombre de "mythes fondateurs"... ;
- l'approche sémiologique n'est pas pour autant minorée : l'analyse des discours et de la symbolique historique est souvent très éclairante sur le "succès" d'un événement ou sur une période. Elle permettra notamment de se pencher sur un certain nombre de termes banalisés, et pourtant très connotés.
Chacun des thèmes abordés le temps d'un article a souvent fait l'objet de nombreux livres et thèses. Les articles ne seront évidemment pas aussi fouillés, mais se voudront une ouverture, une incitation à la lecture... et à la découverte.
Quelques tentations à éviter
Notre approche "légère" cherche à ne pas déborder sur certains terrains glissants :
- une approche morale de l'histoire. L'objet n'est pas de juger l'histoire, ni de soulager notre conscience occidentale : le but est de comprendre le devenir d'un certain nombre d'événements.
- une approche teintée d'idéologisme obscur. Il s'agit pas ici d'entrer sur le terrain des querelles (notamment nationalistes), où certains partis tentent de justifier ou condamer un état de fait à partir d'éléments historiques immémoriaux et à la fiabilité parfois douteuse. Je précise que l'analyse des mythes fondateurs vise avant tout à comprendre comment ceux-ci ont été créés et transmis, mais que cette analyse ne juge aucunement de la qualité des aspirations de ceux qui se revendiquent de ces mythes (nous verrons notamment que l'histoire de France en est truffée).
- une réflexion sur la philosophie et sur la fin de l'histoire. Pas de Kant, d'Hegel, de Marx et autres Fukuyama. Nous ne cherchons pas ici à trouver des événements et des continuités laissant présager d'une organisation cohérente de l'histoire, tournée vers une finalité précise.
Nous chercherons à ne pas déborder... mais il faut admettre que quand il s'agit d'histoire, la tentation polémiste est souvent trop forte...
Dans la grande tradition du Presse-Agrumes...
... on se demandera donc qu'est-ce qui a été "sur-pressé" au cours des siècles, et au contraire, ce qui aurait pu l'être davantage. Sans cheminement préétabli, au gré des détours, comme en attestent les prochains articles de la rubrique.
A venir :
- Empress of Ireland, República Cromañón, vol 587 d'Amercian Airlines : une brève histoire des catastrophes oubliées
- En finir avec le Moyen-Âge ?
- Voltaire, mauvais garçon ?
- Si Hitler avait été admis à l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne... l'alternate history
- L'invention du Massif Central
08:31 Publié dans Pêcher originel...... [HISTOIRE] | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pêcher, originel, charte, histoire


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