29 avril 2009

DERNIERS ARTICLES PARUS

Résumé des derniers articles parus (entre parenthèses, la rubrique dans laquelle ils se trouvent)

- Télé-réalité, l'électrochoc : réaction au dossier paru dans Libération le samedi 25 avril (et sur Ecrans.fr la veille), concernant la réalisation du jeu Zone Xtreme par France 2. Il s'agit en fait d'une reprise de l'expérience menée au début des années 1960 par Stanley Milgram et retracée dans son livre Soumission à l'autorité, le tout adapté à l'univers de la télé-réalité. Analyse et commentaire autour de cette question : "La télévision fait-elle figure d'autorité scientifique légitime ?".

- Histoire des catastrophes oubliées, part. 1 : l'Empress of Ireland, coulé par le Titanic ? : évocation du naufrage de l'Empress of Ireland en 1914, et des raisons pour lesquelles l'histoire semble l'avoir oublié... Ce naufrage a évidemment "souffert" de celui du Titanic, et la deuxième partie de l'article analyse les raisons pour lesquelles le Titanic semble avoir à lui seul effacé toutes les autres catastrophes maritimes de l'histoire, que l'on redécouvre ici. Analyse et déconstruction d'un mythe.

- Cas de conscience, cas d'école : l'ouverture du JT de 13h d'Antenne 2 le 15 septembre 1982 : l'ouverture de ce JT par Bernard Langlois coûta sa place au journaliste. Son tort ? Avoir traité en parallèle en ouverture de son journal deux décès survenus la veille : celui de Béchir Gemayel (président élu libanais, victime d'un attentat) et de la princesse Grace de Monaco (décédée dans un accident de voiture)... avec une mise en perspective courageuse et réaliste sur l'importance de ces deux morts, mais jugée de mauvais goût par la direction de la rédaction.

- Libération et les propos de Sarkozy : entre polémique en bois et "orgie de preuves" : retour sur la polémique née des propos de Sarkozy à propos de l'intelligence de Zapatero. L'occasion de voir comment on monte en épingle un bout de phrases, et comme l'impératif d'indignation et le devoir de réaction prennent le pas sur une analyse contextualisée d'un épiphénomène sans la moindre importance.

Également deux articles introduisant chacun une nouvelle rubrique, en présentant les objectifs rédactionnels de celles-ci :

- INTRODUCTION : Que la glorieuse incertitude ne soit pas si incertaine... et qu'elle en soit d'autant moins glorieuse : présentation de la rubrique SPORTS du site, dont le parti pris est de mettre en relief tout élément montrant que les résultats sportifs ne sont parfois pas si incertains...

- INTRODUCTION : comment on construit l'histoire : présentation de la rubrique HISTOIRE du site, dont le parti pris est d'analyser pourquoi un événement passe à la postérité ou pas. Autrement dit, pourquoi certains événements relativement peu importants deviennent incontournables, au contraire d'événements qui semblent au premier regard plus marquants, et dont on a bien du mal à retrouver des traces aujourd'hui...

25 avril 2009

Télé-réalité : l'électrochoc (réaction à l'article paru sur Ecrans.fr le 24 avril 2009)

Je me suis un peu emporté contre Libération suite à la polémique en carton sur les propos tenus par Nicolas Sarkozy au sujet de José Luis Zapatero... mais Libération, c'est aussi d'excellents blogs et sites satellites, notamment Ecrans.fr, dont la couverture des médias "à écrans" (télévision, internet, cinéma, jeux vidéos) est tout aussi large qu'impertinente... et bien renseignée, puisqu'elle nous révèle en avant-première ce soir une expérimentation télévisuelle unique que mène en ce moment France 2 du côté des studios de la Plaine-Saint-Denis (voir l'article)

milgram console.png


Zone Xtreme, l'émission qui brise la tabou de la torture à la télévision ?

Ecrans.fr nous parle d'un nouveau jeu de France 2, Zone Xtreme, dont les premiers enregistrements ont lieu en ce moment. Le jeu se présente comme un affrontement entre deux candidats, sur des questions de mémorisation : l'un retient des mots ou des associations d'idées, le second l'interroge ensuite. Et en cas de mauvaise réponse, le second sanctionne le premier d'une décharge électrique. Pas très forte : 20 volts. Mais à la deuxième erreur, on rajoute 20 volts. Et ainsi graduellement jusqu'à 24 erreurs, soit un choc final de 480 volts. Pour rappel, la tension des prises de terre est de 220 volts. Inutile donc de préciser que l'administration d'un choc de 480 Volts est mortelle.

Une adaptation de la célèbre expérience de Milgram

France 2 a-t-elle perdu les pédales ? Non, et c'est rassurant. Car le jeu est truqué. Il n'y a même pas de jeu, mais une expérience en cours. Le premier candidat est un acteur destiné à simuler la douleur, voire à arrêter de simuler tout mouvement (au-delà d'un certain seuil, il doit passer pour mort). Le présentateur est également complice, tout comme le réalisateur Christophe Nick (auteur entre autres du documentaire La Résistance). Le seul à ne pas être au courant (c'est le cas de le dire...) est le deuxième candidat, celui qui administre la sanction. Il est donc le cobaye.

Ca vous rappelle quelque chose ? Normal, car il s'agit d'une réplique de la célèbre expérience menée dans les sous-sols de l'Université de Yale au début des années 1960 par le psychosociologue américain Stanley Milgram (explication détaillée de l'expérience sur wikipedia). Présentation de celle-ci en moins de 4 minutes 30 (en anglais).



Perplexe face face au système de défense récurrent des tortionnaires nazis dans des procès comme celui de Nuremberg (à savoir : "oui, j'ai torturé et tué, mais je ne faisais qu'obéir aux ordres !"), Milgram se pose une question toute simple : "pourquoi obéit-on à des ordres dont on sait pertinemment qu'ils sont fous et dangereux ? Et qui plus est pour une rétribution infime (4 $ + 50 cents de transport dans l'expérience) ?". La réponse est "par soumission à l'autorité" (ici, l'autorité est "la blouse blanche de Yale"), perçue comme légitime par sa compétence.

Les prévisions de psychiatres indiquaient que seul 1 sujet sur 800 (0,125%) irait au bout de l'expérience. Empiriquement, Milgram poussa ce résultat à 62,5 % (dans la variante 2 dite feedback vocal, la plus "évidente")... non sans désapprobation plus ou moins active des cobayes (exemple de réaction d'un sujet ici))


Quel(s) but(s) pour l'expérience Zone Xtreme ?

Appliquer l'expérience de Milgram à ta télévision revient à poser la question : "la télévision fait-elle figure d'autorité scientifique légitime ?". Lors du déroulement du jeu, les questions attendues seront du type "un présentateur peut-il être perçu comme aussi savant et légitime qu'un universitaire ?", "le fait d'être regardé par des millions de personnes incitera-t-il le sujet à ne pas jouer les tortionnaires, ou est-il au contraire une pression pour aller au bout de l'expérience ?", etc.

Je n'ai pas encore connaissance des règles exactes de ce jeu. Mais on peut se demander quelle(s) serai(en)t les réactions des candidats si ceux-ci étaient amenés à changer leur rôle avec celui de la victime... le déroulement du jeu tel que présenté au candidat pourrait également constituer autant de variables qui pourront être analysées. Dans son expérience, Milgram eut recours à une vingtaine de variable, dont les résultats sont parfois édifiants : par exemple, le nombre de sujets allant au bout de l'expérience tombe à 40% si la victime est dans la même pièce. 100% de sujets arrêteront si une autre "blouse blanche" (perçue donc comme aussi légitime que l'expérimentateur) entre dans la pièce et conteste violemment le bien-fondé de l'expérience. Plus de 90% iront au bout si les rôles avec l'expérimentateur sont inversés. Et une proportion non-négligeable ira au bout par "excès de zèle", même si l'expérimentateur n'est plus dans la pièce.

Autant de variables qui viendront éclairer les résultats, si toutefois les candidats se prêtent au jeu. Il faut espérer que ceux-ci n'ont pas eu vent de l'expérience de Milgram, car cela pourrait amener encore plus de complexité à l'interprétation des résultats. En effet, certains paramètres absents de l'expérience de Milgram risquent d'entrer fortement en ligne de compte ici. On pense notamment à la mise en scène très "sons et lumières" du plateau de télévision, à la présence du public, et plus largement à l'ensemble des téléspectateurs imaginés par le cobaye, parmi lesquels un certain nombre de ses proches. L'expérience de Milgram se déroulait elle dans un cadre austère, dans le sous-sol d'une université prestigieuse.
Par ailleurs, les cobayes de Milgram savaient qu'ils venaient dans le cadre d'une expérience, même si l'expérimentateur mentait sur le but de celle-ci (l'objectif présenté aux cobayes était de tester les effets de l'électricité sur la mémoire). Le dédommagement annoncé était de 4 dollars plus 50 cents de transport. Les candidats de Zone Xtreme viennent eux persuadés qu'ils vont participer à un jeu, dont le gain peut être fonction non seulement de leur performance, mais également des erreurs du candidat-acteur. Le jeu se présente comme un affrontement, il est donc beaucoup plus impliquant. Et les réactions des candidats à l'annonce de la supercherie pourraient être d'autant plus violentes.

La télévision, autorité suprême ?

Les deux dernières inconnues concernent la réaction des candidats, et la validité des résultats. Les candidats seront-ils rassurés ? Vexés ? Déçus ? Reconnaissants ? Humiliés ? Accepteront-ils de figurer dans le documentaire final ? Se retourneront-ils contre la production en estimant avoir été abusés ? Cette expérience peut évidemment avoir quelque chose de très traumatisant.
Quant à la validité des résultats, difficile de mettre en place un protocole "scientifique" pour les appuyer : si le but affiché est de tester la télé dans son rôle d'autorité, on ne peut pas lui mettre dans les pattes une autorité scientifique, qui viendrait faire concurrence et donc fausser les résultats. Mais dans le même temps, peut-on imaginer une télévision seule juge de son rôle d'autorité. Alors, où sont les psychologues ? Derrière le plateau, pour recueillir les candidats à l'annonce de la "supercherie" ? ou juste à attendre les résultats et les réactions ? Sont-ils déjà dans la salle de montage pour appuyer le réalisateur ?

Autant de questions dont les réponses sont attendues ce samedi dans Libération, qui consacre un dossier à Zone Xtreme... en espérant que les futurs candidats ne l'achètent pas, et que les médias nationaux ne s'emparent pas du sujet. L'expérience commencée il y a deux semaines pourrait alors connaître une fin prématurée.

DERNIÈRE MINUTE

J'ai donc acheté Libération samedi dernier, avec des articles beaucoup plus détaillés sur l'expérience. Je me permets donc d'apporter des précisions sur l'expérience :
- le tournage des émissions est terminé, Libération ne s'est pas permis de venir le plomber avec un article prématuré... ce qui est la moindre des choses.
- L'animatrice de Zone Xtreme est Tania Young, qui est également co-animatrice du jeu de France 2 Incroyables Expérience (France 2, du lundi au vendredi à 18h10), ce qui aurait pu mettre la puce à l'oreille de certains candidats. Son rôle est réellement calqué sur celui de Milgram, dont elle reprend les phrases courtes et sèches pour inciter à continuer. A un détail près : elle peut utiliser les vivats de la foule pour inciter le candidat à continuer, en lui balançant un ultime : "vous ne pouvez pas empêchez [l'autre candidat = l'acteur, ndlr] de gagner, le public est d'accord !".
- 7 psychologues (assistés de quelques doctorants) encadrent l'émission, tant sur le dispositif expérimental que sur l'assistance psychologique aux candidats.
- Le nombre de "cobayes" est de 80, dont les noms ont été piochés dans des listings marketing : l'échantillon se veut représentatif, et paritaire en termes de sexes. Aucune variante ne semble avoir été introduite, les 80 candidats ayant participé au même jeu.
- Premiers résultats : il apparaît que 80 % des sujets vont au bout du jeu, soit encore plus que dans l'expérience de Milgram... Si on ne peut pas conclure trop vite que la télévision est plus convaincante que la science, il sera néanmoins intéressant de de savoir quel élément explique le plus cette différence : pression du public, appât du gain, culpabilité (empêcher l'autre candidat de gagner)...

23 avril 2009

Une brève histoire des catastrophes oubliées (part. 1) : le Titanic les a-t-il tous coulés ?

Dans un précédent article de la rubrique "C'est comme ça qu'on sème", je parlais de deux décès simultanés (celui de Béchir Gemayel et celui de Grace de Monaco) dont le traitement médiatique délicat avait coûté sa place au présentateur du 13 heures d'Antenne 2 d'alors, Bernard Langlois. Le fait qu'un événement dramatique survienne en même temps ou presque qu'un autre événement dramatique pose un évident problème de "concurrence des mémoires" (pour reprendre l'expression utilisée par Nicolas Sarkozy dans le premier discours au soir de son élection). Au-delà de leur traitement médiatique, le risque principal est que l'un des deux événements finisse par phagocyter l'autre, qui tombe alors fatalement aux oubliettes de l'histoire. Tentative d'analyse à partir de trois exemples de l'histoire contemporaine.

1ère partie : "L'Empress of Ireland : coulé par le mythe du Titanic"
2ème partie : "Le República Cromañón : la dernière victime du Tsunami"
3ème partie : "Le vol 587 d'American Airlines : la catastrophe qui rassure"


L'Empress of Ireland : coulé par le mythe du Titanic

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(ARTICLE COMPLET : Histoire des catastrophes oubliées - Empress of Ireland.doc)

L'Empress of Ireland, l' "autre" naufrage

L'objet de départ est de se demander pourquoi une catastrophe comme le naufrage de l'Empress of Ireland est tombée aux oubliettes de l'histoire, alors qu'elle fit tout de même plus d'un millier de victimes. La réponse est finalement assez simple : le Titanic a tout emporté.
Le naufrage de l'Empress of Ireland aurait pu être présenté comme une nouvelle catastrophe maritime annonciatrice d'une macabre série, et donc relancer un débat sur la sécurité de ce type d'embarcation. Mais il n'en fut rien, car il eut la mauvaise idée de survenir deux mois seulement avant le début de la Première Guerre Mondiale.
Dans la grande tradition du Presse-Agrumes, la première partie de l'article ci-joint montre comment et pourquoi le naufrage de l'Empress of Ireland fut un événement "sous-pressé", confirmant par là qu'un événement a du mal à exister intrinsèquement.

Le Titanic les a tous coulés

La deuxième phase de notre étude prend le parti inverse, à savoir "pourquoi le naufrage du Titanic a-t-il été à ce point sur-pressé ?".
Elle vise donc à relativiser deux idées tenaces et pourtant discutables :
- Le Titanic était-il le bateau le plus majestueux de sont temps ? Deuxième d'une série de trois bateaux "jumeaux" (sistership), le Titanic détint pour seul record celui de bateau au plus fort tonnage du monde. Record qu'il conquit (et rendu...) au premier bateau de la sistership (l'Olympic), mais qu'il était destiné à perdre au profit du troisième bateau de la lignée (le Gigantic, finalement baptisé le Britannic), alors en chantier. En cette période de concurrence acharnée entre les armateurs de transatlantiques, les records en matière de tonnage ou de puissance duraient rarement plus de quelques mois, le record du Titanic n'aurait pas tenu bien longtemps. Bien que rapide compte-tenu de ses dimensions, le Titanic ne put cependant jamais espérer obtenir le "Ruban bleu" récompensant la paquebot ayant le record de la traversée de l'Atlantique. Enfin, sa puissance n'égalait pas celle de paquebots allemands construits des années plus tôt.
- Le naufrage du Titanic est-il la plus grande catastrophe maritime du siècle ? Non, si l'on s'en tient au seul bilan humain. Mais il faut reconnaître que la plupart des autres catastrophes eurent lieu en temps de guerre. L'occasion pour nous de redécouvrir certains épisodes tragiques de la Seconde Guerre Mondiale et de la Guerre du Pacifique, passés à la trappe de l'histoire pour différentes raisons (notamment car, s'agissant de faits de guerre, ces catastrophes paraissent plus "prévisibles"...). Même en temps de paix, une plus grande catastrophe intervint, en 1987 au Philippines : il s'agit du naufrage du Doña Paz, dont on estime aujourd'hui à environ 4000 le nombres de victimes. Mais qui s'en souvient...

En synthèse, on peut dire que le naufrage du Titanic trouve sa légende dans le fait qu'il soit le plus facile à raconter : car il y eut de nombreux survivants, car il reliait l'Angleterre à New-York, car tout ou presque était connu (ou finit par l'être) sur les conditions de navigation, parce que son naufrage a des relents bibliques de "Tour de Babel", voire de symbole d'une Europe déclinante...

"Le naufrage du Titanic est une catastrophe qui a parlé à tout monde, qui a fait parler tout le monde, à un moment où il n’y avait rien d’autre à dire. Survenu en temps de paix et au respect des lois sur l’embarcation (des personnes, au moins, ça se discute pour ce qui concerne les canots), il avait suffisamment d’éléments pour permettre une enquête, et pour continuer à faire parler."

20 avril 2009

Libération et les propos de Sarkozy : entre polémique en bois et "orgie de preuves"

Tout y est : d'un côté, un Sarkozy en plein délire d'auto-satisfaction, qui en profite pour mépriser ouvertement ses collègues européens, qui plus est au nom d'une intelligence qu'il a si souvent tendance à dénigrer. Et de l'autre côté, un journal indépendant et impertinent qui en profite pour porter ce fait au grand jour, et justifier ainsi son credo du "Sarkozy n'est pas un bon président, car il ne "fait" pas président"... pour Libé, quelle aubaine ! Oui, mais voilà... c'est trop parfait. Une "orgie de preuves".

Quiconque a vu Minority Report a entendu cette notion. A environ une 1/2 heure de la fin, Danny Witwer (Colin Farrell) débarque dans une chambre d'hôtel, où un crime a été commis, et tout accuse John Anderton (Tom Cruise). Celui-ci avait découvert que le locataire de la chambre était vraisemblablement l'homme qui avait enlevé et tué son fils Sean quelques années plus tôt. En effet, la "victime" avait pris soin d'étaler sur son lit les photos de tous les gamins dont il avait probablement abusé, y compris le fils d'Anderton. Découvrant ces photos, Danny Witwer a ces mots envers l'un des officiers présents sur le lieu du crime :

"C'est pas logique : si vous étiez un tueur d'enfants et que vous ayez pris ces photos, vous les laisseriez trainer pour que tout le monde les trouve ? (...) Je travaillais à la criminelle avant d'être chez les fédéraux. Ca, c'est ce qu'on appelait une "orgie de preuves". Et vous savez combien d'orgies j'ai eues comme inspecteur de la crim' ? (...) Aucune !... Tout était arrangé." (à 1h44mn du début du film sur le DVD)

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Quand c'est trop parfait pour être vrai, alors ça n'est probablement pas vrai, ou du moins, si les faits sont là, ils sont loin d'être aussi évidents qu'ils n'y paraissent. Le même sentiment m'habite par rapport à l'affaire des propos tenus par Sarkozy : c'est trop évident, trop parfait... tout était arrangé. Mais comment ?

Des propos de fin de repas, et une polémique qui s'emballe

Mercredi 15 avril, Nicolas Sarkozy recevait à l'Elysée le "G24", ce énième groupe de réflexion mis en place par le président. Ce groupe est composé par 12 sénateurs et 12 députés de tous bords, afin de réfléchir sur la crise, et sur les moyens de lutter contre elle. Et en fin de repas, il balance à son auditoire cette petite phrase désormais célèbre : "Zapatero n'est peut-être pas très intelligent...". Des propos relayés sur l'un des blogs de Libération par François de Rugy, jeune député Vert de Loire-Atlantique et membre du G24, qui était donc présent (http://auxmarchesdupalaisbourbon.blogs.liberation.fr/2008...).

Et là, tout s'emballe : Libération en fait la une de sa version web, la citation est reprise à l'étranger, à commencer bien sûr par la presse espagnole et par les responsables politiques de ce pays : condamnation ferme des propos (à gauche) et condamnations "même s'il n'a pas tout à fait tort" (à droite). Le quotidien conservateur ABC pointe même le "complexe de supériorité" du président français. La polémique enfle encore dans d'autres pays, puisque Sarkozy ne s'est pas contenté de donner son avis sur Zapatero, mais qu'il a aussi embrayé sur la chancelière allemande Angela Merkel ("Quand elle s’est rendu compte de l’état de ses banques et de son industrie automobile, elle n’a pas eu d’autre choix que de se rallier à ma position"), le président américain Barack Obama ("il est élu depuis deux mois et n’a jamais géré un ministère de sa vie. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles il n’a pas de position") et le président de la Commission Européenne José Manuel Barroso ("totalement absent du G20"). Pire : le seul qui semble trouver grâce aux yeus de Nicolas Sarkozy est le président du conseil italien Silvio Berlusconi ("L'important dans la démocratie, c'est d'être réélu. Regardez Berlusconi, il a été réélu trois fois" - NA : 3 fois élu, mais 2 fois réélu "seulement"). Florilège des réactions dans la presse internationale sur le site de La Dépêche du Midi : "« Stupide, immature, hors de propos: le jugement de Sarkozy sur ses homologues», titrait en Une le quotidien britannique The Guardian. Pour le Times (conservateur), «M. Sarkozy est irrité par l'adulation dont jouit un dirigeant américain sans expérience, dont la popularité a éclipsé (sa) réputation de sauveur du monde». La presse allemande abordait l'épisode factuellement, comme celle d'Italie qui s'amusait de la «gaffe de Sarkozy» (La Republicca).".

Prudentes, les presses allemande et italienne. D'abord parce que les propos concernant leurs représentants ne sont pas les plus graves a priori (flatteuses pour l'Italien, pas insultantes pour l'Allemande, au mieux un peu mégalo et égocentrées). Mais peut-être aussi parce qu'elle se méfient du style Sarkozy, et qu'elles ne se risquent pas au jeu de l'interprétation. Côté presse américaine, même constat. La remarque sur Barack Obama n'a d'ailleurs rien d'insultant, ni de spécialement polémique : Obama n'a effectivement que 4 ans d'expérience comme Sénateur (dont 2 passées en campagne présidentielle), aucune expérience à un poste de l'Exécutif, et il a prêté serment il y a 3 mois seulement. Alors, quoi de plus normal qu'il "prenne encore ses marques" ? Pas de quoi se relever la nuit. LA polémique concerne donc surtout les propos que Sarkozy aurait tenus sur Zapatero. Et si les presses suscitées se montrent prudentes et factuelles, c'est qu'elles savent que des propos ne peuvent pas être commentés de façon brute...

Une petite phrase tronquée ? Quand le fait seul ne suffit pas...

Dans un grand classique des textes proposés au bac de français, l'écrivain Fontenelle (1657-1757) disait : "Assurons-nous bien du fait avant de nous occuper de la cause" (texte intitulé La Dent d'Or dans le Lagarde & Michard). En matière de commentaires de propos cependant, le fait en lui-même ne suffit pas : : les personnes qui les prononcent et à qui ils sont prononcés, la connivence entre les acteurs, le ton utilisé, etc. sont autant d'éléments qui peuvent sacrément relativiser la portée d'un propos. Il suffit d'être un utilisateur occasionnel de MSN messenger pour se rendre compte qu'un propos écrit peut-être pas mal réinterprété. Ou simplement de constater les crises que provoquent régulièrement l'utilisation des mails en contexte professionnel.

D'où trois questions ici :
- qu'a vraiment dit Nicolas Sarkozy ? Pas seulement la petite phrase... tout ce qu'il y a autour...
- qu'est-ce qui a amené Sarkozy à prononcer ces propos ? Quel degré de connivence a-t-il avec ses interlocuteurs ?
- qu'est-ce que "l'intelligence" selon Sarkozy ?

Qu'a vraiment dit Sarkozy ?

Il n'y a visiblement aucun débat sur le fait que Sarkozy ait dit ou non ces propos : factuellement, oui, il les a bien prononcés. Je ne crois pas savoir qu'il les ait niés, ni lui, ni son roquet préféré (Frédéric Lefèbvre). Par ailleurs, François de Rugy, donc, mais aussi Bernard Kouchner et Didier Migaud (également présents lors de la réunion du G24) ont confirmé qu'il les avait bien tenus. Mais quels propos ?

Penchons-nous d'abord sur la phrase complète : "[Zapatero] n'est peut-être pas très intelligent, mais il a été réélu. Moi j'en connais des très intelligents qui n'ont pas été au 2ème tour de la présidentielle". François de Rugy souligne qu'il est très difficile de se rappeler exactement des propos tenus. Mais à peu de choses près, voilà les propos sur lesquels tout le monde s'accorde. La suite, c'est notamment les propos sur Berlusconi ("L'important en démocratie, c'est d'être réélu...") et tous ceux mentionnés ci-dessus.

A qui Sarkozy s'adresse-t-il ? Et pourquoi parler de Zapatero ?

Cette remarque de Sarkozy ne sort évidemment pas de nulle part. Comment en est-il venu à parler de Zapatero ? A la fin de la réunion/dîner du G24, le président interpelle les présents sur un sujet chaud en Espagne : la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, voulue par le président Zapatero. On imagine la jubilation de Nicolas Sarkozy en apprenant que son homologue espagnol l'imitait... lui qui n'a pas l'habitude de garder son ego dans la poche, l'occasion est trop belle : un socialiste qui l'imite, encore une preuve flagrante qu'il a raison dans tout ce qu'il fait... il ne manque donc pas l'occasion de le rappeler à tout son auditoire.

Et au milieu de cette auditoire, une voix s'élève, et lui rétorque : "il y aurai beaucoup à dire sur Zapatero...". Cette voix, c'est celle d'Henri Emmanuelli, ancien premier secrétaire du PS. Pas n'importe qui. Lui et le président se connaissent depuis longtemps. Et ce n'est sans doute pas la première fois qu'ils parlent de Zapatero ensemble. Reste à savoir ce que le député des Landes pense du président espagnol, sans quoi, on ne peut rien comprendre à la réponse de Sarkozy.

Emmanuelli : l'homme qui a la clef ?

Le noeud de l'histoire, l'élément qui permettrait de comprendre tout ce qui s'est dit, ce serait idéalement de savoir ce que sous-entendait la remarque d'Emmanuelli. Savoir ce qu'il y a derrière ce "beaucoup à dire" dont on ne saura probablement rien. Mais je risque à une interprétation, car elle semble malgré tout évidente...

... et ce qui semble évident, c'est que la remarque d'Emmanuelli est loin d'être flatteuse. Mais le taciturne socialiste a la finesse - l'expérience ? - de ne rien dire explicitement. Et Sarkozy a quant à lui la maladresse - la politesse ? - de faire comprendre à son interlocuteur qu'il a compris la sous-entendu de sa remarque. Alors, Henri Emmanuelli a-t-il sous-entendu que Zapatero n'était pas intelligent ?

Zapatero et les socialistes européens ?

Il n'est pas dit qu'Emmanuelli sous-entendait exactement que Zapatero n'était pas intelligent. S'il avait dû préciser sa remarque, il n'aurait sans doute pas utilisé ces mots. Mais il semble néanmoins qu'il se range derrière une opinion pas spécialement rare sur Zapatero, à savoir que celui-ci est un peu trop... gentil, voire naïf, et pas assez "politicien", dans toute la dimension machiavélienne de ce terme.

Zapatero.jpgLe surnom de Zapatero en Espagne a longtemps été "Bambi", et beaucoup considéraient qu'il avait été porté à la tête d'un PSOE malade (durement battu aux élections de 2000) avant tout en raison d'un physique avantageux ("oh, les beaux yeux bleus !") et d'un charisme qui tranchait à la fois avec son prédécesseur Joaquin Almunia, mais surtout avec celui de José-Maria Aznar. Une semaine avant l'élection de 2004, Zapatero était encore donné perdant (de peu, certes), ce qui semblait sonner le glas de sa carrière politique. Oui, mais il y eut les attentats de Madrid, et les manipulations ratées du gouvernement Aznar. Et il gagna les élections, un peu par défaut, du moins dans un vote très circonstancié. Il a regagné les élections de 2008 sur les mêmes qualités qu'il avait utilisé en 2000 (en jouant habilement de l'outil télévisuel), et en s'appuyant sur un bilan apparemment sain (la crise actuelle, particulièrement dure en Espagne, tend à montrer que c'était quelque peu illusoire), victoire acquise face à un pragmatique mais austère Mariano Rajoy (leader du PP). En 5 ans de pouvoir, il est vrai que Zapatero ne s'est pas spécialement démarqué de la politique économique du gouvernement Aznar, politique dont il a largement confié les rênes à Pedro Solbes, ministre des finances (récemment remplacé par Elena Salgado). On ne peut pas lui en vouloir, il est professeur de droit constitutionnel à la base, pas économiste. Et à part Gordon Brown, il y a assez peu de "grands argentiers" à la tête de gouvernements en Europe. Toujours est-il que l'Espagne souffre sévèrement de la crise aujourd'hui, notamment en raison d'un modèle de croissance reposant un peu trop sur l'industrie de la construction... Zapatero a, pour sa part, concentré l'essentiel de sa politique sur des réformes sociétales profondes, conformes à ses convictions politiques (mariage gay, régularisation de clandestins, etc.). Il s'est davantage présenté comme un homme de convictions, soucieux d'instaurer un dialogue sain, que comme un pragmatique, un "renard" de la politique.

C'est une hypothèse, mais elle me semble plus que vraisemblable : Henri Emmanuelli cherche donc à tacler le président Sarkozy, à dégonfler l'ego de ce dernier, en lui rappelant qu'il y a des comparaisons plus flatteuses que celle avec le président du gouvernement espagnol.

Qui vise Nicolas Sarkozy à travers ses propos ?

Sarkozy attaqué répond donc au quart de tour... pour viser les socialistes français. En relisant les propos au regard de ce que nous venons de dire, ceux-ci apparaissent à l'évidence très ironiques. Une autre formulation, sans doute plus heureuse, aurait pu être : "la question n'est pas de savoir si Zapatero est le plus brillant", en évitant ainsi toute maladresse diplomatique, et en montrant à Emmanuelli qu'il a compris le sous-entendu. Le président n'a pas eu cette finesse d'esprit. Sans doute se préoccupait-il assez peu de Zapatero, en pensant davantage à la pique qu'il allait envoyer à son interlocuteur.

Car dans la suite de sa remarque, l'allusion à Lionel Jospin et son échec à la présidentielle de 2002 est claire. Alors, si Zapatero "n'est pas très intelligent" mais qu'il a été réélu, que dire de quelqu'un qui n'a même pas été au 2ème tour d'une élection présidentielle ? Sans doute que c'est un neuneu, et il est évident qu'Emmanuelli ne dirait pas ça sur Jospin. Et allons même plus loin : si Jospin est un neuneu car il n'a pas réussi à se faire élire président, que dire alors de quelqu'un qui aurait perdu la course à l'investiture socialiste face à ce même Jospin ? Qu'il est neuneu parmi les neuneus ? Il est évident qu'Henri Emmanuelli n'aurait soutenu ce propos, et pour une raison très simple : cet homme qui a perdu la course à l'investiture socialiste (en 1995, cette fois), c'est... lui, Henri Emmanuelli.

Je ne sais pas si Nicolas Sarkozy a autant poussé le raisonnement. Mais la tournure utilisée est évidente : elle conduit Emmanuelli à reconnaître l'intelligence de Zapatero, ou alors à reconnaître que lui-même (en tout cas les socialistes) sont des neuneus. Et c'est bien ce qu'ont confirmé François de Rugy ("Mais, il ne doit pas y avoir d’erreur d’interprétation non plus: il était très clair que Nicolas Sarkozy faisait l’éloge de Zapatero, comme de Gordon Brown ou de Felipe Gonzalez, pour s’en prendre ironiquement aux socialistes français") et Bernard Kouchner ("C'est une façon de dire : "il l'est" (intelligent, ndlr), il a été élu deux fois et il vient de supprimer la publicité à la télévision"). Peut-être pour désamorcer la "bombe", notamment en prévision de la visite du chef d'Etat français en Espagne à la fin du mois. Mais probablement aussi en tout été de conscience.

Le retournement de Sarkozy est simple, plutôt habile, mais bien maladroitement formulé. Et il repose sur une certaine idée que le président se fait de l'intelligence, et des critères qu'il connaît pour l'évaluer.

Sarkozy et l'intelligence

Je n'en dirais pas trop ici, car ça fera l'objet d'un article bientôt (intitulé "Sarkozy, une certaine idée de l'intelligence"). Mais il est clair qu'il existe différentes formes d'intelligence, et que l'intelligence "pragmatique" est celle qui emporte l'adhésion du président... et forcément, c'est aussi celle qu'il voit en premier chez les gens.

Sarkozy, sans doute en raison d'un passé scolaire pas aussi brillant que la plupart de ses confrères, méprise beaucoup l'intelligence "scolaire, académique, purement cérébrale", une intelligence qui se pose des questions de principes sur le long terme (il n'y a qu'à voir les relations qu'il entretient avec l'Université ou l'Education Nationale). Il se perçoit lui comme quelqu'un qui a "réussi" grâce à une intelligence "pragmatique, de terrain, politicienne", une intelligence de l'action, très "au jour le jour", et peu penchée sur les questions de principe. Il reconnaît également cette intelligence chez un Berlusconi qui (même s'il y a encore beaucoup de choses à dire), qui a été réélu 2 fois (et pas 3), et donc chez un Zapatero, lui-aussi réélu. Alors qu'un Jospin a une intelligence cérébrale forte, mais ça n'a pas suffit à le faire élire. Sans doute faut-il plus que de l'intelligence. Ou alors faut-il une autre forme d'intelligence.

Sarkozy, en manager standard, privilégie donc une certaine forme d'intelligence qui se mesurerait facilement (ici, le critère, c'est l'élection). Une intelligence très facile à afficher, qui permet de se comparer rapidement. J'aurais envie de dire : une intelligence bling-bling, oui.

Que conclure de l'attitude de Sarkozy ?

Pas grand chose. Qu'il a une fois de plus donné dans l'auto-satisfaction excessive, qui plus est de façon maladroite. Qu'il parle trop, oui. Que Sarkozy a fait du Sarkozy, tout simplement. Je note d'ailleurs l'habile formulation de François de Rugy : "Le style de Sarkozy est ce qu’il est, et je m’étonne qu’après deux ans de présidence de la République, certains soient encore surpris". Mais à l'évidence, il n'a insulté personne. Donc pas quoi en faire un incident diplomatique.

Pourtant, ça a bien faillir en devenir un. On ne pourra pas s'assurer que le problème est totalement résolu avant la visite officielle de Sarkozy en Espagne... Mais alors, comment cette affaire est-elle à point devenue un scandale d'Etat ?


Libération ou l'art de monter en épingle ?

Journal impertinent, fondé par des penseurs et journalistes de renom, Libération semble bien avoir totalement orchestré la polémique depuis le début. Et de mon point de vue, être totalement sorti de ses critères de déontologie.

Libération et le paparazzismo-sarkozysme

Depuis 2 ans, c'est devenu un rituel. Les articles en tête de page de la version web de Libération portent très souvent sur Nicolas Sarkozy. Mais pas toujours sur les aspects les plus politiques de son action : les bourrelets de Sarkozy gommés par Paris-Match, le sms envoyé (ou pas) à Cécilia ("si tu reviens, j'annule tout"), Martinon traité d'imbécile, maintenant les propos de fin de repas à Emmanuelli... autant de sujets fondamentaux pour l'avenir du pays affichés à la meilleure place du site.

Pourquoi cette ligne ? Avant tout parce que ça fait réagir (et sans doute aussi, ça fait vendre), mais également aussi parce que c'est conforme à la position du journal : Libé reste un quotidien engagé à gauche, et donc forcément hostile à Sarkozy. Toute information pouvant "nuire" au président est bonne à prendre. Certains taxeront cette attitude de non-conforme à la déontologie journalistique. Ce n'est pas mon avis : Libération ne cache pas son engagement, et quiconque ouvre les pages du quotidien sait à quoi s'attendre.

L'image de Sarkozy que cherche à véhiculer Libération est celle d'un homme nerveux, agité, égocentrique, manipulateur de médias, qui cherche toujours à ramener la couverture vers lui, et qui ne supporte pas la critique. En tant que journal d'opposition, il cherche à le décrédibiliser en tant que chef d'Etat, sur le mode du : "Sarkozy ne peut pas être un bon président car il ne fait pas président", en raillant notamment son côté "m'as-tu vu ?", son mépris pour la culture, ses aspirations très bassement matérielles. Et il faut reconnaître que le journal manque rarement de matière.

Mais n'y a-t-il pas un piège ? Je crois que oui, et je crois aussi que Libération tombe de plus en plus dedans. Et tend à limiter la définition du travail de journaliste.

Quel est le travail du journaliste ?

Je pense qu'on peut limiter les missions du journaliste à 3 : trouver les informations, les commenter, aider le lecteur à les comprendre.
Or, il apparaît évident que le monopole du commentaire échappe de plus en plus à la presse écrite, internet notamment s'étant fait le terrain de jeu privilégié des commentateurs de tous bords. Certaines "grandes plumes" trouvent encore de la place dans quelques supports écrits, mais les places sont rares. De fait, il ne reste que deux missions, à savoir "trouver les informations" et "aider le lecteur à comprendre".

Ce sont d'ailleurs ces deux missions qui justifient la valeur ajoutée d'un journaliste, celles qui font qu'on paiera un quotidien au lieu de se contenter d'un gratuit distribué à l'entrée du métro. Or, dans sa quête de démonstration d'un Sarkozy "qui ne fait pas président", on finit quand même par avoir le sentiment que la recherche de l'information (même anecdotique) qui pourrait accréditer la thèses d'un Sarkozy conforme à l'image que Libé s'en fait finit par prendre largement le dessus sur la partie "compréhension" des faits.

Une hyper-factualisation de l'affaire... au détriment de la compréhension


Cette affaire des propos sur Zapatero est de loin la plus caricaturale. Car il s'agit de propos que Libération est allé trouver. Mais non seulement les propos ont été décontextualisés, mais il semble aussi que le journal n'ait pas fait l'effort de compréhension nécessaire pour comprendre le sens des propos du président. A aucun des moment, des questions essentielles comme "A quoi le président répond ? Sur quel ton ? Que signifie le sous-entendu d'Emmanuelli ? Y a-t-il une connivence entre Sarkozy et Emmanuelli sur ce sujet ? Quelles sont les critiques récurrentes à l'encontre de Zapatero ?" ne sont posées dans les articles de la version web. Même pas un minimum de travail rhétorique. Mais même : il ne s'agit pas d'un travail d'analyse de texte, il s'agit d'un travail d'analyse de communication. Peu importe : Libé ne pose pas ces questions, et opte pour une course à l'indignation, et une "hyper-factualisation" du débat.

L'hyper-factualisation signifie que le débat consiste exclusivement à savoir si les faits ont eu lieu ou pas, la confirmation/infirmation de leur véracité mettant alors fin au débat en question . De fait, on décrédibilise toute personne qui n'a pas pu être témoin direct des faits (comme Libé le fait en rappelant à Frédéric Lefèbvre qu'il n'était pas présent dans la réunion du G24... et aussi en oubliant de souligner qu'aucun journaliste du quotidien n'y était non plus). C'est le parti pris par Libé, qui continue à publier en tête de page la dernière déclaration de Kouchner en la titrant fièrement : "Kouchner confirme les propos de Sarkozy sur Zapatero" (et en occultant l'essentiel de son intervention, qui consistait à dire que Sarkozy avait vanté l'intelligence de Zapatero) . Seulement voilà, l'hyper-factualisation n'est jamais neutre : elle cherche avant tout à décourager l'adversaire avant une éventuelle bataille de l'interprétation. Dans cette affaire, un seul angle d'attaque est retenu par le quotidien : pour lui, la seule question est "qu'es-ce que Sarkozy a dit"... ainsi évite-t-il soigneusement de poser la seule question qui importe, à savoir "qu'est-ce Sarkozy a voulu dire ?" (sinon à travers la bouche de Bernard Kouchner). Les faits, bien qu'acquis, continuent à faire (faussement) débat au sein du quotidien. La question n'est vraiment pas là, Sarkozy a bel bien prononcé les paroles qu'on lui prête. Quant à l'interprétation, il semble bien que les personnes ayant assisté au G24 aient vu un éloge "détourné" de Zapatero par Sarkozy. Libé ne gagnera pas la bataille de l'interprétation. Alors, comment se tirer d'affaire ?

La fuite en avant, ou l'ultime recours

On en est presque au stade où des excuses publiques seraient de bon ton. Humiliant. C'est ce que Val avait demandé à Siné il y a quelques temps. "M'excuser à Sarkozy ? Plutôt me couper les couilles !" aurait répondu le dessinateur, qui a depuis fondé son propre hebdo. Il y a cependant un moyen simple de les éviter.

Dans un temps médiatique court, il consiste simplement à déporter le débat sur un terrain plus large, où chacun des acteurs est obligé d'occuper un nouveau rôle. L'accusé (ici, Sarkozy et l'UMP) a le choix entre réagir à nouveau, ou se taire, en espérant que les accusation finissent rapidement par se calmer. Seul problème : s'il réagit, il reconnaît que le débat a changé de terrain, et il ne pourra plus revenir au terrain initial (tout ce qu'il démontrerait alors, c'est qu'il a un wagon de retard). Dans les deux cas, l'accusé est pris au piège. A moins qu'il ne mette en place un arsenal politique et médiatique impressionnant pour contrer l'accusateur, mais c'est une arme à double tranchant : pour quoi passerait un président de pays en crise qui concentrerait l'essentiel de ses forces à attaquer un journal d'opposition, et non à résoudre la crise ? Toujours est-il que Libération a eu l'initiative de la polémique sur les propos de Sarkozy, il peut se permettre d'avoir l'initiative du débat : il agit, le président (ou ses chiens de garde) réagit. Avec un peu d'habileté, le journal peut même se victimiser un peu. (NA : c'est vrai que je n'apprécie pas la méthode d'un point de vue "déontologique"... mais cela fait partie des armes dont Sarkozy n'hésiterait pas à se servir contre Libé ou autre, je ne suis pas choqué par le fait que Libé les utilise).

Et Libé a trouvé le nouveau terrain de jeu parfait pour déporter le débat, un terrain sur lequel il compte restaurer l'image d'un président peu démocrate et manipulateur des médias : celui de l'indépendance journalistique.

Une invocation récurrente de l'indépendance journalistique

Joffrin.pngToute la réponse de Laurent Joffrin aux aboiements de Frédéric Lefèbvre repose sur une remise en cause par le porte-parole de l'UMP de l'indépendance des journalistes. «M. Lefebvre, qui occupe un poste de roquet à l'UMP, a du mal à accepter l'existence d'une presse indépendante en France, a réagi le directeur de Libération, Laurent Joffrin, interrogé par l'AFP. «Il se contente d'aboyer un démenti de commande et d'insulter le principal journal d'opposition en France ainsi que ses 800.000 lecteurs.» (http://www.liberation.fr/politiques/0101562840-propos-de-...). Si Lefebvre hurle, c'est parce qu'il n'admet pas qu'il y ait une presse indépendante, et fin des débats. En plus, il insulte (du moins, c'est comme ça que c'est ressenti). J'avoue ne pas connaître les pressions que subissent au quotidien les journalistes d'un quotidien comme Libé. Mais vraiment, je doute que Lefebvre ou Sarkozy s'immiscent régulièrement dans les conférences de rédaction. Par ailleurs, en relisant les propos de Lefebvre (qui parle de Libé comme d'un "tract" qui "après avoir perdu ses lecteurs, perd sa crédibilité"), on y voit de la virulence, voire de la méchanceté et de la bassesse. Mais pas à proprement parler d'insultes. Alors qu'un "roquet" qui "aboie un démenti de commande", ça, ça ressemble davantage à une insulte.

64956-frederic-lefebvre-depute-porte-parole-ump.jpgLe sommet d'intensité de l'affrontement entre les deux hommes a lieu lorsque Lefebvre accuse Libération de "colporter de fausses informations", alors que Joffrin maintient "l'intégralité de ses informations". J'ai bien envie de vous dire que les deux ont raison... tout simplement parce qu'ils ne parlent pas de la même chose. Joffrin est encore une fois dans l'hyper-factualisation : pour lui, l'information, c'est la phrase telle que Sarkozy l'a prononcée, l'enjeu étant uniquement de savoir s'il l'a dite ou pas. Pour Lefebvre, l'enjeu, c'est l'information telle que transmise par Libération, à savoir que Sarkozy a insulté Zapatero. Sarkozy a bien dit ce qu'il a dit, et il n'a pas insulté Zapatero. Pour Joffrin, l'information, c'est le "matériau brut" ; pour Lefebvre, l'information, c'est le "message" transmis par Libération.

Qui a raison ? Comme précisé dans la charte du Presse-Agrumes, je ne crois pas que l'information brute existe, et que tout information n'existe qu'en contexte. Aussi aurais-je tendance à pencher pour la version de Lefebvre ("Dieu, que ça me fait mal au c**..."). Et cette remarque évidente sur la nature d'une information pourrait bien se retourner contre Libération. Alors, il faut poser le problème autrement, quitter le particulier pour aller vers le général. Le ramener non pas à un problème sur la nature d'une information concernant Sarkozy , mais sur le problème général du rapport de Sarkozy à la presse "indépendante".

Un mécanisme d'attaque qui s'auto-entretient... donc qui tourne à vide

Au final, on voit comment la problème par Libération a progressivement été déporté :

"Sarkozy a insulté Zapatero" -----> Qu'est-ce que Sarkozy a vraiment dit ? -----> Peut-on encore critiquer Sarkozy ?

Quand il a été affirmé par les participants du G24 qui ont bien voulu s'exprimer que Sarkozy n'avait pas insulté Zapatero, alors la question était de savoir ce que Sarkozy avait vraiment dit. Quand il a été affirmé par ces mêmes participants que Sarkozy avait fait l'éloge de Zapatero, on pose alors la question : "est-il encore possible de critiquer Sarkozy ?" (ce sera la une de Libé ce lundi 20 avril). Question qui peut d'ailleurs être comprise de deux façons :
- Les membres "d'opposition" du G24 (de Rugy, Migaud, Kouchner,...) auraient cédé devant Sarkozy, et auraient défendu la version d'un Sarkozy n'insultant pas Zapatero par craintes des représailles ;
- Il n'est plus possible de critiquer Nicolas Sarkozy par voie de presse sans se faire insulter par Lefebvre...

A lire dans Libé ce lundi, mais je pense que c'est surtout cette deuxième interprétation qui est sous-entendue par le titre en une. Il s'agit d'une mécanique d'attaque/victimisation très simple, et vieille comme le monde (disons comme l'Antiquité) :

on ne peut pas critiquer le tyran.png


C'est en somme assez simple :
- soit le "tyran" ne réagit pas, et dans ce cas, son silence fera parler (selon le principe de "qui ne dit mot consent"... encore faut-il que le journal ait un minimum de reconnaissance) ;
- soit le tyran réagit, et dans ce cas, le mécanisme s'auto-entretient : la conclusion sera le postulat, il n'y a qu'à mouliner.

Pour que ce dernier cas soit effectif, encore faut-il faire preuve d'un minimum de subtilité, qui consiste alors à pousser le lecteur à confondre quatre éléments :
- l'attaque initiale doit devenir une information ;
- la défense doit devenir une attaque en retour/agression ;
- la défense légitime doit devenir un refus de la critique ;
- une défense virulente doit devenir une insulte.

C'est un vrai jeu de gamins, dont la légitimité repose sur le très virile "c'est lui qui a commencé, pas moi !". Il suffit de jouer sur une certaine asymétrie de perception, avec un brin de mauvaise foi... Ici, le journal considère que ce qui a mis le feu aux poudres n'est rien d'autre qu'une information, et que les journalistes ont fait leur métier. Alors que les concernés y verront eux une attaque, contre laquelle ils vont se défendre. Seulement, dans la vision des journalistes, cette défense est la première attaque, puisque eux n'avaient transmis qu'une information, et non pas une attaque. Le reste n'est qu'un enchaînement parfaitement cohérent, qui impute à l'autre partie l'origine de l'agression.
Et encore mieux : cette technique permet aussi un habile retournement de l'insulte. Dans notre cas, Laurent Joffrin parle des "insultes"


Et après ?

La suite de l'affaire, ça commence à devenir un classique :
- des personnalités de premier plan (genre Bernard Kouchner) obligées de répondre sur des propos de fin de repas... c'était bien la peine de "trahir" les siens et de devenir chef de la diplomatie pour répondre sur des sujets aussi fondamentaux ;
- Ségolène Royal, dans sa quête perpétuelle du monopole de l'indignation, a déjà envoyé une lettre d'excuses (sur un ton qui laisserait penser qu'elle parle au nom de la France) au président Zapatero... Après le triptyque Action / Réaction / Correction, c'est désormais le Action / Indignation / Pardon qui semble régir les faits et gestes de Ségolène Royal par rapport à Nicolas Sarkozy ;
- Frédéric Lefèbvre a été envoyé au front pour aboyer, comme d'habitude. Le porte-parole de l'UMP n'est décidément que ce qu'il est, et fait ce qu'on lui dit de faire. Il a renouvelé ses attaques contre Ségolène Royal, et le besoin qu'elle aurait d'aller voir un psy ;
- Du coup, Benoît Hamon le taxe de machisme... là encore, il semble bien qu'on soit à côté du problème. Je note au passage que le parti socialiste reste discret, et semble appuyer plutôt mollement l'initiative de se ancienne candidate à la présidentielle. De même, François Bayrou s'est fait discret. Je crois que cet homme, dont j'ai souvent critiqué le sens politique, jouit en revanche d'un bon sens indéniable, et d'une certaine capacité à garder la tête froide ; aussi, sa non-intervention est (selon moi) simplement la marque d'une vérification préalable des faits, et d'une volonté de les comprendre avant de s'indigner.
- Aujourd'hui, sur BFM, le député de l'Essonne Manuel Valls a réagi à cette affaire, en soulignant notamment qu'il fallait arrêter de mettre les propos de Nicolas Sarkozy au centre du débat politique, car c'est précisément ce qu'il attend. Pas sûr que Sarkozy ait voulu que ses propos sur Zapatero soient au centre des débats. Mais Valls - enfin un ! - a bien compris comment fonctionne Sarkozy : en toute circonstance, il veut avoir le monopole de l'initiative des débats, être celui qui fait réagir. Une autre a bien compris ça : Ségolène Royal, dont nous analyserons la stratégie médiatique, très "sarkozyste" dans le fond.

Et Libé ? Et bien Libé... a bien jouer le coup, oui :
- pas d'excuses officielles en vue ;
- un très grand nombre de commentaires sur son site (même si ceux-ci partent vraiment dans tous les sens), et sans doute des ventes en hausse ;
- une posture de "principal journal d'opposition" (selon l'expression de Joffrin) renforcée ;
- les débats sur un Sarkozy psychorigide et ne supportant pas la critique à nouveau en une... et Sarkozy fait vendre, même Libé...
- aucun doute que Libé va encore exploiter un peu ce filon...

La méthode n'est pas noble, mais le résultat est là. Alors Libé, temps de l'intelligence "cérébrale" tendrait-elle à développer un certaine intelligence "pragmatique, de terrain" ?.. Oserais-je dire : une intelligence "sarkozienne" ?...

Conclusion de l'affaire à venir lors du voyage officiel de Nicolas Sarkozy en Espagne les 27 et 28 avril prochains.

A suivre bientôt en lien avec ces sujets :
- La notion d'indépendance
- Sarkozy, une certaine idée de l'intelligence
- Ségolène Royal, une néo-sarkozyste ?

INTRODUCTION - Comment construit-on l'histoire ?

"L'histoire me sera indulgente, car j'ai l'intention de l'écrire", disait Winston Churchill. Le vieux lion britannique n'a sans doute jamais péché par humilité, du moins pas en public. Mais au-delà de toute auto-satisfaction, Sir Winston ne fait que répéter à sa façon la vieille maxime : "ce sont les vainqueurs qui l'histoire". Nous ne réécrirons pas l'histoire ici. Ce qui ne signifie pas que nous soyons forcément des perdants.

L'Histoire est un construit intellectuel

Dire que l'histoire est un construit intellectuel ne signifie pas que les événements n'ont pas existé. Elle signifie que leur retranscription, leur compréhension, leur classification conditionnent en partie le regard et l'importance que leur accorderont les hommes qui viendront après.

L'Histoire (avec un grand H, cette fois) n'est pas qu'une suite d'événements, faite pour être narrée à quiconque n'ira jamais vérifier : l'Histoire est avant tout un construit intellectuel, une série de choix. Elle est une science, elle est un savoir, elle est le produit d'une méthode. Et la méthode n'est jamais neutre. Le travail de l'historien est donc un travail méthodique et rigoureux, mais également en partie exclusif. D'où la nécessité de procéder à une révision constante des outils et des paradigmes sur lesquels elle repose. Je donne ici la parole à un historien de renom, Bruno Groppo, de l'Université de Paris I :

"La révision - faut-il le rappeler ? - constitue une démarche naturelle de la recherche historique : celle-ci progresse précisément en soumettant à la critique et en "révisant", à partir de nouvelles sources et/ou de nouveaux questionnements, les hypothèses et les interprétations antérieures. Dans ce sens, l'histoire est "révisionniste", puisque chaque nouvelle génération d'historiens relit le passé à la lumière des préoccupations et des influences culturelles qui lui sont propres. Tout autre chose, par contre, est une démarche historique qui réinterprète le passé sur la base de paramètres essentiellement idéologiques." (in Persée, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ma...)


Une histoire remodelée

Pas question pour nous ici de (trop) entrer dans les querelles d'historiens de métiers, qui, par leur travail, apporteront tous les éléments qui feront matière à débat, à de nouvelles interprétations, et à une nouvelle compréhension. Mais alors, où se situer ?
Ayant admis que l'histoire est une suite d' "interprétations" influencées par les "préoccupations culturelles des historiens" qui se sont succédés, notre objet est avant tout de comprendre comment l'histoire est transmise, et comment elle est "déformée". Et à ce jeu des "révisions" successives, de comprendre comment certains événements, passés inaperçus de leurs contemporains, sont devenus capitaux aux yeux des générations suivantes. Ou inversement, comment certains événements semblent être passés "à la trappe" de l'histoire. Bref, comprendre ces décalages de perception, comprendre comment l'histoire a gonflé ou gommé progressivement et plus ou moins sciemment certains événements.

Une approche "légère", avant tout factuelle et événementielle

Notre approche est modeste, un historien de métier la qualifierait sans doute de "légère". Elle est avant tout factuelle et événementielle.
- Comme souligné précédemment, elle vise à comprendre le décalage qui peut exister entre un événement tel qu'il a été perçu par les contemporains, et tel qu'il est perçu aujourd'hui. Cette approche s'intéressera donc surtout à la transmission de l'histoire, à son enseignement et à sa propagande ;
- de fait, l'approche iconographique sera l'une des plus importantes ici : nous essayerons de comprendre comment une image politique et historique se construit, comment elle se transmet, et comment elle ne s'oublie pas. Nous nous attacherons ainsi souvent à examiner de près un certain nombre de "mythes fondateurs"... ;
- l'approche sémiologique n'est pas pour autant minorée : l'analyse des discours et de la symbolique historique est souvent très éclairante sur le "succès" d'un événement ou sur une période. Elle permettra notamment de se pencher sur un certain nombre de termes banalisés, et pourtant très connotés.

Chacun des thèmes abordés le temps d'un article a souvent fait l'objet de nombreux livres et thèses. Les articles ne seront évidemment pas aussi fouillés, mais se voudront une ouverture, une incitation à la lecture... et à la découverte.

Quelques tentations à éviter

Notre approche "légère" cherche à ne pas déborder sur certains terrains glissants :
- une approche morale de l'histoire. L'objet n'est pas de juger l'histoire, ni de soulager notre conscience occidentale : le but est de comprendre le devenir d'un certain nombre d'événements.
- une approche teintée d'idéologisme obscur. Il s'agit pas ici d'entrer sur le terrain des querelles (notamment nationalistes), où certains partis tentent de justifier ou condamer un état de fait à partir d'éléments historiques immémoriaux et à la fiabilité parfois douteuse. Je précise que l'analyse des mythes fondateurs vise avant tout à comprendre comment ceux-ci ont été créés et transmis, mais que cette analyse ne juge aucunement de la qualité des aspirations de ceux qui se revendiquent de ces mythes (nous verrons notamment que l'histoire de France en est truffée).
- une réflexion sur la philosophie et sur la fin de l'histoire. Pas de Kant, d'Hegel, de Marx et autres Fukuyama. Nous ne cherchons pas ici à trouver des événements et des continuités laissant présager d'une organisation cohérente de l'histoire, tournée vers une finalité précise.

Nous chercherons à ne pas déborder... mais il faut admettre que quand il s'agit d'histoire, la tentation polémiste est souvent trop forte...

Dans la grande tradition du Presse-Agrumes...

... on se demandera donc qu'est-ce qui a été "sur-pressé" au cours des siècles, et au contraire, ce qui aurait pu l'être davantage. Sans cheminement préétabli, au gré des détours, comme en attestent les prochains articles de la rubrique.

A venir :
- Empress of Ireland, República Cromañón, vol 587 d'Amercian Airlines : une brève histoire des catastrophes oubliées
- En finir avec le Moyen-Âge ?
- Voltaire, mauvais garçon ?
- Si Hitler avait été admis à l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne... l'alternate history
- L'invention du Massif Central

Que la glorieuse incertitude ne soit pas si incertaine, et qu'elle en soit d'autant moins glorieuse

Quelle est la raison d'être d'une rubrique "Sport" sur ce site ? Et pourquoi l'avoir intitulée "Oranges mécaniques" ? L'explication réside en partie dans me souvenirs les plus personnels, que je me permets de vous livrer ici.

Ma première source d'information sportive régulière fut le quotidien régional "Sud-Ouest" (j'ai quand même grandi près de Bayonne), et plus précisément son supplément hebdomadaire du lundi "Sud-Ouest Sports". Tous les lundis, mon attention était attirée par la devise du journal, situés juste sous le titre du supplément : "Que le meilleur perde... mais pas trop souvent". Cette citation est attribuée à Antoine Blondin, la plume qui donna ses lettres de noblesse au journalisme sportif (ou à défaut, qui le rendit moins gueux). Elle résume à merveille la fameuse "glorieuse incertitude du sport", incertitude sans laquelle un journal sportif n'aurait pas lieu d'exister : si l'issue d'un affrontement est entièrement prévisible, il n'est pas lieu de faire un poème sur le résultat.

C'est à cette incertitude-là que le Presse-Agrumes propose de s'attaquer. A l'inverse de la plupart des autres rubriques, qui se veulent davantage analytiques, le parti pris est ici affirmé : débusquer et mettre en lumière tous les éléments qui tendent à montrer que la "glorieuse incertitude" n'est pas si incertaine, et qu'elle en est d'autant moins glorieuse.

Pour ce faire, nous bénéficions de différents outils : l'analyse statistique des résultats (dans la grande tradition du presse-agrumes, "on les a sous les yeux, pressons-les pour les faire parler"), la cartographie ou encore la mise en perspective (ou analyse diachronique, qui permettra la mise en évidence de continuités pour le moins curieuses).

Le "Oranges Mécaniques" s'explique donc ainsi : quand les sportifs tendent à être des exécutants mécaniques d'un plan parfaitement établi, ou du moins largement prévisible, sont-ils bien en train de pratiquer un sport ? Qu'on puisse y voir aussi un écho au célèbre commentaire d'un journaliste de la BBC à propos de l'équipe de football hongroise victorieuse de l'Angleterre à Wembley en 1953 : "ils sont entièrement programmés, du berceau jusqu'à la tombe".

Prochains articles :

- De l'ordre des matchs comme déterminant dans le classement de la Ligue 1
- De l'ordre des matchs comme déterminant dans la qualification au 2ème tour à l'Euro et à la Coupe du monde de football
- Modèle méditerranéen contre modèle anglo-saxon : la prédictibilité des résultats en Champions League grâce à une approche à macro-échelle

19 avril 2009

Cas de conscience, cas d'école : l'ouverture du JT de Bernard Langlois le 15 septembre 1982

Deux informations de nature similaire et intervenant simultanément sont inévitablement rapprochées. Le plus difficile reste de savoir comment les traiter, dans quel ordre, et comment éviter tout rapprochement de mauvais goût.
L'ancien présentateur du JT de 13h d'Antenne 2 Bernard Langlois fut confronté à un cas de figure particulièrement sensible... et choisit, à ses risques et périls, de poser frontalement le problème.


Dans la soirée du 14 septembre 1982, personnalités - aux destins pourtant très opposés - meurent brutalement :

- au Liban, Béchir Gemayel, fraichement élu président, trouve la mort dans un attentat, avant même d'avoir pu prêter serment.
- à Monaco, la princesse Grace décède dans un accident de voiture.

2 morts. 2 célébrités. 2 drames à traiter au cours d'un même journal. Mais à part leur notoriété et leur décès simultanés, tout éloigne les deux défunts. Oui, mais le temps médiatique n'admet pas les ajournements. Ces informations devront être traitées au sein du même journal.

Le lendemain matin, dans les locaux d'Antenne 2, Bernard Langlois prépare son journal de la mi-journée. Cas de figure hautement périlleux : comment traiter ces deux morts ?
Il expose sa problématique dans son ouvrage Résistances* :

"Me voici dans mon bureau, avec mes deux morts sur les bras, et passablement ennuyé : par qui vais-je commencer ? Comment "ouvrir" le journal ?"

Bernard Langlois tranche. Au confort de deux hommages qui se dilueraient mutuellement, et au danger de la comparaison, il prend le pari de la "transcendance", et de la mise en perspective. Voici ce que donna l'ouverture du journal de 13h d'Antenne 2 ce jeudi 15 septembre 1982 de son JT :

(vidéo disponible sur le site de l'INA : http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=CAB8200781201 **) :

"Il était jeune - 34 ans -, il était intelligent et volontaire, ambitieux et inquiétant tout à la fois. Elu, voici vingt-trois jours, président de la République libanaise, il aura eu juste le temps de savourer l'ivresse de la victoire, mais pas celui d'accéder à la réalité du pouvoir. C'est dans neuf jours que Béchir Gemayel devait devenir officiellement président du Liban. Sa mort, hier, dans un attentat, risque fort de rallumer très vite les feux mal éteints de la guerre civile. Malheureux pays.

Elle n'était plus très jeune - 52 ans. Elle était toujours belle, dans sa maturité de femme épanouie, passée sans transition de la célébrité sulfureuse d'Hollywood à celle, respectable, du gotha. Curieux destin que celui de Grace Kelly, actrice talentueuse distinguée par un prince, qui lui offrit un jour sa main, sa couronne, et de partager son trône planté sur un caillou cossu, dans un royaume d'opérette. Grace de Monaco est morte elle-aussi, des suites de ses blessures, après un accident d'auto. Cela ne changera rien au destin de l'humanité. Juste un deuil ordinaire, la peine ordinaire d'une famille célèbre qui nous était familière par la grâce des gazettes.

Bonjour... Voilà donc de quoi est faite d'abord l'actualité de ce jour : de ces deux morts de gens illustres, qui n'ont certes pas le même poids sur les balances de l'histoire, mais qui offrent, l'une et l'autre, matière à réflexion.

Gemayel d'abord. Il n'était guère besoin d'être expert en matière de politique libanaise pour prévoir que son élection, il y a trois semaines, à la présidence de la République du Liban, ne réglait pas tout... Après huit ans de guerre civile, dans un pays envahi, occupé au nord par l'armée syrienne, au sud par l'armée israëlienne, seul un homme de compromis, d'équilibre entre les communautés, pouvait tenter de réaliser l'impossible : la réconciliation des Libanais, la reconstruction de l'Etat. Gemayel était tout sauf cet homme-là - dont on ne sait d'ailleurs pas s'il existe - : chef de clan, baroudeur, et candidat, qui plus est, des Israéliens, son élection ressemblait à une gageure. Tout observateur attentif du Proche-Orient le savait, même si on ne le disait pas trop, histoire de lui laisser une chance, une chance de laisser cet homme très jeune s'imprégner de ses fonctions nouvelles, de se dépouiller de sa défroque d'activiste partisan : on ne lui aura pas laisser ce temps-là...

Grace de Monaco : l'image du bonheur, sucré, véhiculée jusqu'à l'écoeurement par la presse du coeur. On n'ignorait rien de sa vie - poids des mots, chocs des photos - ; des fredaines de sa fille aînée, Caroline ; des émois de sa cadette, Stéphanie ; des exploits sportifs du petit prince, Albert. Malgré cette ronde folle des paparazzi autour de la famille Grimaldi, cette femme, aujourd'hui disparue, laissera le souvenir d'une personne de qualité. Cette roturière avait la noblesse naturelle ; et le prince Rainier - dont le choix, à l'époque, avait surpris - ne s'était pas mépris. Respectons sa peine, qui est sans doute immense.

J'ajoute - et c'est le seul point commun de ces deux décès survenus hier - que nous ne les avons sus, l'un comme l'autre, qu'avec bien du retard. Raison d'Etat ? Pour l'un sûrement ; pour l'autre, peut-être aussi. A 18 heures, hier soir, Gemayel était officiellement sorti indemne de l'attentat. Quant à Grace de Monaco, ses blessures, nous disait-on, n'étaient pas graves. Même la mort, chez les grands, respecte de protocoles qui échappent au commun...
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C'est grâce à Pierre Desproges que j'ai connu cet épisode. Le 7 janvier 1983 se trouvait dans le box des accusés du Tribunal des Flagrants Délires*** le patron de presse Alain Ayache. Ce dernier, à l'époque responsable de la publication de l'hebdomadaire Le Meilleur, avait en effet titré sur 5 colonnes dans son numéro du 17 septembre 1982 : "L'hommage "choquant" d'Antenne 2 à Grace". Le Meilleur, c'est avant tout un journal sensationnaliste. Bernard Langlois, de son côté, est un journaliste militant et sensible à la qualité des papiers produits. Il a d'ailleurs par la suite fondé l'hebdomadaire Politis. Ayache et Langlois, ce sont deux approches du journalisme. Je vous laisse deviner laquelle de ces conceptions avait la préférence de Desproges, qui déclara dans son réquisitoire : "Ayache offusqué par Langlois, c'est beau comme un vidangeur asphyxié par un bouquet de roses". Tout est dit.

Mais revenons à Langlois... Pour tout vous dire, je trouve sa tirade magique. Le ton et la diction sonnent un peu vieille école, il vaut mieux avoir le texte. Mais en dépit d'une mise en scène très sommaire, elle est magique, et ce pour trois raisons : parce qu'elle affronte sans se démonter un sujet tabou ; parcequ'elle privilégie le sens et la rélfexion à la retenue et au conformisme de sa fonction ; parcequ'elle refuse d'être donnée pour être consommée. Elle est tout simplement pleine de courage et d'audace, sans confort ni conformisme. Elle refuse la facilité d'un récit brut et compatissant, en faisant du présentateur un inntervenant, et non un récitant.

La mort, voilà bien le sujet tabou. Même le dernier des crevards connus a droit, au moment de sa mort, à une rétrospective télévisée de son oeuvre qui, à défaut d'être complaisante, est bien peu vindicative. Comme si, même en territoire laïc, on semblait dire : "seul Dieu pourra le juger à présent", et que personne ne voulait se fâcher avec Dieu. Un territoire sans doute plus agnostique que laïc. Et lorsqu'il s'agit de personnes qui pourraient, au vu de leurs oeuvres terrestres, gagner le paradis agnostique, le problème est bien épineux : il faut montrer le deuil. Ne pas en faire moins qu'attendu, par respect pour ledéfunt, mais ne pas en faire trop, par respect pour tous ceux qui restent.
Or, ce jour-là, des morts, il y en a deux. Ce n'est pas très pratique. Un mort, c'est bien, ça meuble un journal, et ça permet de passer quelques images un tantinet nostalgiques au milieu d'un flot d'images d'actualité, 100 % nouvelles. Quelque part, un mort, ça rassure dans un JT, ça renvoie un minimum d'élements déjà connus. Sauf dans les JT du week-end : là, ça emmerde, ça peut vous plomber deux jours de détente. Quand on est un grand de ce monde, mourir un vendredi soir serait une faute de goût. Mourir en même temps qu'une autre sommité en est une autre : y a-t-il la place pour une double dose de compassion dans un JT ? Non, l'un va forcément piquer la vedette à l'autre. Reste à savoir lequel.

Langlois tranche. Comme le souligne encore justement Desproges, il "a ramené à de justes proportions un accident d'automobile survenu à une ancienne copine de Cary Grant reconvertie dans l'opérette immobilière sur la Côte d'Azur". Une mort reste une mort, la douleur des proches est la même. Mais toute mort n'a pas les mêmes conséquences sur les vivants. La mort de Grace Kelly laissera un vide à Monaco qui, encore aujourd'hui, n'a jamais retrouvé de première dame. Mais que dire de la mort de Béchir Gemayel ? 3 jours après, en représailles, les milices chrétiennes d'Elie Hobeika envahissaient les camps de Sabra et Chatila, avec la négligente complicité de l'armée israëlienne. Encore aujourd'hui, le bilan du massacre est incertain : des sources en provenance de la Croix-Rouge et de l'Armée israëlienne indiquent 700 morts, certaines organisations pro-palestiniennes allant jusqu'à 5000. La question n'est pas de trancher ici, elle est juste de constater que Bernard Langlois savait de quoi il parlait : dans un pays en guerre et meurtri par les tensions entre ses communautés, l'assassinat du premier d'entre eux forcément remettre le feu aux poudres. Rien de comparable sur le Rocher, où milliardaires et millionnaires ont depuis longtemps enterré la hache de guerre.
Mais l'audace de Langlois ne réside pas dans sa lecture lucide des enjeux du Proche-Orient. Il l'annonce d'entrée : "ces deux morts de gens illustres, qui n'ont certes pas le même poids sur les balances de l'histoire, mais qui offrent, l'une et l'autre, matière à réflexion". Mettre en perspective les deux décès, en mettant clairement en évidence l'importance de celui du président Libanais et donc en faisant de l'ombre à celui de la Princesse Grace, c'est surtout s'exposer aux foudres de la famille Grimaldi, dont on peut imaginer qu'elle a le bras long jusqu'à la rédaction d'Antenne 2. Son choix est hautement risqué. S'il avait pris le parti inverse, à savoir "sacraliser" la princesse Grace au détriment de Béchir Gemayel, je doute fort que les autorités libanaises se seraient préoccupées de faire des remontrances à Antenne 2. Il faut dire aussi que le seul Libanais dont l'intervention aurait vraiment pu peser était précisément celui qui venait de se faire tuer.
Enfin, l'audace de Langlois est triplement couillue, car il a osé aller contre les attentes du public. Nul doute que la mort de la princesse Grace a probablement plus ému l'auditoire du JT de 13h, dont les meilleures audiences se trouvent en général auprès d'un public plutôt âgé, sans doute plus prompt à se rappeler sa propre émotion lors du mariage de Rainier et de Grace, que de consommer à nouveau des images de violence d'un pays qu'ils avaient connu alors que celui-ci était encore sous protectorat français. Peu importe, Langlois ne chercha pas à séduire, au mieux chercha-t-il à convaincre ; mais en tout cas, il osa brisé les tabous en posant clairement la question : ces deux morts se valent-elles ?

Langlois ne l'emportera pas au Paradis...

Langlois se garda bien de la poser formellement, même si sa réponse semble évidente. Peu importe le formalisme de la réponse, d'ailleurs, car cette simple question lui vaudra condamnation. Malgré certaines précautions oratoires, malgré des rappels bienvenus ayant valeur d'hommage sincère à la princesse Grace, et malgré l'utilisation d'un impératif pour inviter à respecter le deuil du prince Rainier, la direction d'Antenne 2 ne l'entendra pas de la sorte. On imagine certaines pressions (de l'Elysée ? du Rocher ? d'ailleurs ?), mais rien ici ne me permet de l'affirmer. Quoiqu'il en soit, Bernard Langlois, promu présentateur du 13h en 1981, présenta ce 15 septembre 1982 son dernier JT. Suspendu par sa chaîne, il revint à l'écran l'année suivante, en tant que producteur et animateur de l'émission Résistances, qu'il présenta jusqu'en 1986. Il quitta ensuite la télévision pour fonder l'hebdomadaire Politis en 1988. Toujours fidèle à ses convictions, il fit partie du comité fondateur d'ATTAC en 1999... Je ne peux m'empêcher de constater que son arrivé au 13h coïncide avec l'élection de François Mitterrand, et que l'arrêt de son émission Résistances coïncide elle avec le retour de la droite aux affaires. Peut-être cela relativise-t-il un peu le courage qu'il eut le 15 septembre 1982 : a-t-il pensé qu'il était suffisamment bien appuyé pour se risquer à une telle dissertation ? Malgré ça, il osa.

Je n'arrive pas à imaginer ce qu'aurait pu donner ce même journal le 23 avril 1616 (le lendemain de la mort de Cervantes et le jour-même de la mort de Shakespeare) ou le 11 octobre 1963 (le lendemain de la mort d'Edith Piaf et le jour-même de la mort de Jean Cocteau). Mais - et n'est-ce pas là l'essentiel ? - son acte n'a pas été oublié. Il avait posé un problème, et a obligé tout le monde à réagir. Et on se souviendra de son dernier JT. Alors que je doute que quiconque se souvienne du JT d'une TF1 pas encore Bouyguisée ce même-jour.

Que sont-ils devenus ?

- Bernard Langlois a quitté la direction de Politis en 2000, mais écrit toujours sur la toile.
- Le Prince Rainier est décédé le 6 avril 2005. Par une cruelle ironie, sa mort fut elle-aussi quelque peu "éclipsée" par celle du pape Jean-Paul II, survenue quatre jours plus tôt.
- Pierre Desproges est mort en 1988, et je n'ai aucune idée de l'hommage que lui rendit - ou pas - Le Meilleur...
- Le Meilleur existe toujours plus ou moins, sa dernière formule datant de 2007. Il a été rebaptisé Spéciale Dernière / Le Meilleur, et l'essentiel de son contenu tourne autour des paris hippiques et footballistiques.
- Alain Ayache est décédé en le 17 février 2008 (un dimanche...), à la tête d'un groupe de presse riche de 8 titres. Le blog de Réponse à tout (que son groupe de presse édite) nous apprend qu'il fut inhumé dans la plus stricte intimité familiale (http://www.reponseatout.com/blog/). Selon ses souhaits. Je me plais à penser qu'il n'a pas voulu risquer la comparaison avec une autre célébrité, Henri Salvador, qui avait été enterré la veille... :)

* Editions La Découverte, 1987
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*** ce passage est repris en note dans Les Réquisitoires du Tribunal des Flagrants Délires vol. 2 (Seuil, France Inter, 2003)

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