27 mai 2009

Les Européennes au-delà de l'Hexagone : le coup de poker du PSOE

La campagne des Européennes est officiellement (et discrètement) lancée à France. Hors de nos frontières, si elle ne déchaîne pas nécessairement les foules, elle est parfois bien plus animée.

(Téléchargez l'article en entier ici)

Première étape en Espagne, où depuis quelques jours, un spot de campagne du PSOE crée la polémique.

 

 

Dans l'article ci-joint, vous retrouverez :

- la description en détail de ce spot, avec les traductions de circonstance, et les détails qui auront pu échapper à un premier visionnage...

- une analyse du "pourquoi" le PSOE, menacé dans les sondages et par l'abstention, tente un coup de poker en balançant une vidéo provoquante - mais savamment orchestrée - afin de dénoncer l'absurdité d'un vote sanction qui lui pend au nez, et tenter de placer le débat sur l'Europe autour du thème des valeurs ;

- un décortiquage du procédé par lequel le PSOE tente de prendre le PP de court, en l'obligeant à prendre des positions périlleuses...

- ... mais également comment cette stratégie est à double tranchant, et pourrait bien se retourner contre le PSOE.

- enfin, une proposition de réponse du PP...

Bonne lecture ! et n'hésitez pas (pour ceux qui iront au bout) à laisser une commentaire...

 

05 mai 2009

Oscars : les critiques manquent-ils d'imagination ?

La dernière cérémonie des Césars a été l'occasion pour la "grande famille du cinéma français" de récompenser Vincent Cassel pour son interprétation du gangster Jacques Mesrine dans le diptyque de Mesrine de Jean-François Richet, ainsi que Yolande Moreau pour son interprétation de Séraphine de Senlis dans le Séraphine de Martin Provost. Point commun à ces deux récompenses ? Facile, il s'agit de deux rôles mettant en scène des personnages ayant réellement existé, chacun de ces films étant un biopic.

Si les Césars ne regorgent pas de ce type de film retraçant la vie d'une personnalité plus ou moins célèbre, il n'en va pas de même pour les Oscars : la cérémonie américaine a pris pour habitude ces dernières années de faire concourir dans les principales catégories (meilleur film, meilleur réalisateur, mailleur acteur, meilleur actrice, meilleur scénario original ou adapté) un nombre important de ces biographies romancées. Et le plus surprenant est que la récompense n'est en général pas celle de meilleur film ni du meilleur scénario, mais celle de meilleur acteur ou de meilleure actrice.

oscars.jpgEn effet, sur les 7 dernières éditions des Oscars (2002 à 2008, la cérémonie ayant lieu au mois de mars de l'année suivante), on ne retrouve que peu d'histoires "vraies" récompensées : un seul meilleur film et un seul meilleur réalisateur (Le Pianiste de Roman Polanski en 2002), un seul meilleur sénario adapté (à nouveau Le Pianiste) et un seul meilleur scénario original (Milk en 2008)... soit 4 récompenses sur 28 possibles (environ 14,3%), et 3 pour le seul Pianiste de Polanski.

En revanche, côté acteurs, c'est la razzia : sur les 7 dernières éditions, 5 statuettes de meilleur acteur et 5 statuettes de meilleure actrice pour des rôles de personnage ayant réellement existé, soit 10 statuettes sur 14 possibles (soit 71,4 %) ! Les lauréats sont :

  • Comme meilleure actrice : Nicole Kidman pour le rôle de l'écrivaine Virginia Woolf dans The Hours (2002), Charlize Theron pour le rôle de la tueuse en série Aileen Wuornos dans Monsters (2003), Reese Whitherspoon pour le rôle de la chanteuse June Carter dans Walk the Line (2005), Helen Mirren pour le rôle de la Reine Elizabeth II dans The Queen (2006), et enfin Marion Cotillard pour le rôle d'Edith Piaf dans La Môme (2007).
  • Comme meilleur acteur : Adrian Brody pour le rôle du musicien Wladyslaw Szpilman dans Le Pianiste (2002), Jamie Foxx pour le rôle de Ray Charles dans Ray (2004), Philip Seymour Hoffman pour le rôle de l'écrivain Truman Capote dans Truman Capote (2005), Forest Whitaker pour le rôle du dictateur Idi Amin Dada dans Le Dernier Roi d'Ecosse (2006), et enfin Sean Penn pour le rôle du politicien Harvey Milk dans Milk (2008).

Certes, il faut distinguer le niveau de notoriété des personnages : Elizabeth II, Ray Charles ou Edith Piaf n'ont pas attendu un film sur leur vie pour accéder à la notoriété, alors qu'un Wladyslaw Szpilman ou un Harvey Milk - dont la notoriété était bien réelle mais plus limitée - ont sans doute acquis un statut d'icône grâce au long-métrage, notoriété qu'ils doivent an grande partie à la qualité de l'acteur les ayant incarnés. On peut également considérer que des Truman Capote ou des Virginia Woolf, bien qu'auteurs très connus, aient acquis une nouvelle dimension : leurs ouvrages sont bien souvent plus connus que leur personnalité, voire que leur visage.

Mais à tous ces rôles et en dépit des distinctions évoquées, il y a un point commun simple : il existe un référent, c'est-à-dire des images, des documents sonores ou vidéos qui permettent de connaître le personnage, de s'inspirer de son style, ou de le copier, tout simplement. Interpréter un personnage ayant existé paraît alors plus facile, mais plus risqué : spectateurs et critiques se font une idée du personnage avant d'avoir vu le film.

Que dire alors d'un acteur ou d'une actrice récompensée ? Plus précisément, sur quels critères juge-t-on alors sa performance ? Est-ce le personnage qu'il arrive à créer qui est récompensé ? ou récompense-t-on alors la conformité du personnage aux attentes des critiques ? Allons plus loin : il s'agit à chaque fois de personnages polémiques, dont l'histoire prête à controverses. Dans la liste ci-dessus, celle qui s'y prête le moins est à première vue la reine d'Angleterre, reine dans la tradition des Windsor, à la vie beaucoup moins "scandaleuse" que celle de sa soeur Margareth. Mais notons ici que le parti pris du réalisateur est de décrire la situation de la couronne d'Angleterre... juste après le mort de Lady Di. Un personnage polémique est un personnage qui invite à prendre position, qui invite à un hommage, ou au contraire à un rejet : faut-il donc voir dans cette attribution quasi-systématique des statuettes la volonté évidente de ne pas passer pour un réac' réfractaire à la prise de position du film ? ou simplement la crainte de passer pour un ingrat en ne rendant pas l'hommage auquel le film invite ? Il semble parfois qu'il y ait une confusion entre le personnage et la cause qu'il représente, d'autant plus évidente ici que les récompenses vont à l'acteur et pas au film lui-même. Et l'on vient à se demander si, du point de vue du jury, ne pas récompenser l'acteur revient à ne pas récompenser la cause qu'il incarne, voire à la condamner.

andersen.jpgCe qui m'évoque le conte d'Andersen Les habits neufs de l'Empereur, avec l'acteur dans la rôle de l'Empereur, la cause qu'il incarne dans le rôle de l'habit neuf, et le jury dans le rôle des ministres.... Deux escrocs avaient promis à l'Empereur de lui tisser le plus beau des habits, et que celui-ci aurait un pouvoir unique : seuls les gens intelligents pourraient le voir. Mais le escrocs ne tissaient évidemment rien, utilisant étoffes et fils d'or à d'autres commerces. Lorsque l'Empereur envoya certains de ses ministres constater l'avancement de l'ouvrage, ces derniers ne virent rien. Craignant alors de passer pour des simples d'esprit (puisqu'ils ne parvenaient pas à voir l'oeuvre), ils firent un faux rapport à l'Empereur... qui se fit prendre lui-même à ce jeu, et finit par parader nu... Une certaine illustration des vices inhérents à un jugement qui se veut au départ esthétique, mais qui finit par être pollué par cette simple question : qu'est-ce que mon jugement dira sur moi, et que dira-t-on de moi et de mon intelligence ?